ARTHUR CRAVAN, LÉON TROTSKY ET LA RACAILLE POLITIQUE

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Arthur Cravan, fils naturel d’Oscar Wilde (tout au moins le croyait-il), boxeur et poète (il rimait à coups de poings), Lausannois de surcroît (donc dadaïste), avait traversé l’Atlantique en compagnie de Léon Trotsky. Il l’avait même trouvé sincère :

« D’ailleurs, disait-il, dans toute la racaille politique, il n’y a que lui qui soit sincère – le pauvre fou. Il aime sincèrement l’humanité. Il désire sincèrement rendre les autres heureux. Et il pense sincèrement qu’un jour il n’y aura plus de guerre. Il est comique et je le respecte. Mais lui aussi il essaie d’embobiner quelqu’un : lui même. C’est en pure perte que je lui ai dit que le résultat de sa révolution sera la création d’une armée rouge pour protéger la liberté rouge et que lui, parce qu’il est sincère, sera trahi par ses camarades. Le seul droit que les masses accepteront de l’idéaliste, c’est le droit de détruire. Mais il ne m’a pas cru davantage que je ne le crois. »

Arthur Cravan avait dormi sous les ponts qui font le charme de Lausanne. Il avait affronté Jack Johnson, champion du monde poids lourd, sur le ring. Il avait ridiculisé Gide qu’il traitait de cabotin et s’était lié avec Picabia et Duchamp. C’est dire qu’il ne s’en laissait pas conter. Trotsky sera assassiné comme prévu au Mexique. Et Arthur Cravan disparaîtra sans laisser de traces. Lors de ses conférences, il tirait avec son pistolet et annonçait son suicide. Avec lui au moins il n’y avait pas tromperie sur la marchandise.

 

 

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Quand Sollers se prend pour Hegel…

Philippe Sollers a un don particulier pour débusquer les « barbouilleurs de littérature » et quand il les décrit, notamment dans son dernier opus magnum en date, Mouvement, il donne l’étrange impression de se dédoubler. Car ces « barbouilleurs » sentent que la poésie serait pour eux le salut. Mais la chose leur fuit entre les mains – quand elle ne devient pas de la merde. Peu importe, dans l’empire du Marketing, il faut que la pensée, tout comme la poésie, soient impossibles. « C’est la loi des marchés financiers », conclut Sollers qui, une fois encore, est persuadé d’avoir échappé à cette hydre grâce à Hegel et à la poésie chinoise. Certes, il reconnaît être très délabré. Mais indemne. Indemne de quoi ? On ne le saura jamais. Et d’ailleurs, il est douteux que quelqu’un s’intéresse à ce « barbouilleur de littérature », le seul à avoir compris que tous les interprètes de Hegel, y compris ses adversaires, se sont trompés. Car il ne faut pas l’interpréter, mais l’être. Et Sollers qui veut l’être, qui pense l’être, ne nous aura rien épargné dans ce pensum indigeste, rien, à l’exception de sa vanité.philippesollers

« Si la vérité est le mouvement d’elle-même en elle-même », comme le prétendait Hegel, ne prenez pas la peine de la chercher chez les barbouilleurs de littérature. Et moins encore chez Philippe Sollers qui, sans doute sous l’emprise des marchés financiers, a réussi l’exploit d’étaler sa culture en lui retirant toute saveur. La prétention pèse parfois plus que les marchés financiers, mais ce n’est quand même pas notre Hegel bordelais qui s’arrêtera à des détails aussi mesquins, tant il est imbu de son génie. Il est bon de savoir que de si nobles et vertueux esprits veillent sur la littérature française chez Gallimard. Ne serait-ce que pour cela, ils auront droit à notre indulgence et, chez les plus perfides, à quelques égards.