Entretien imaginaire avec Carl Gustav Jung, 5/7

– Des centaines d’exemples démontrent au psychologue l’existence de ces deux âmes à l’intérieur de tout homme. En exerçant leur imagination, que j’appelle la mère de la conscience humaine, beaucoup de mes patients ont peint des images et décrit des rêves présentant une étrange similitude avec des images de temples hindous et chinois. Où ces gens étaient-ils censés avoir pris connaissance de ces cultures religieuses d’Extrême-Orient ? J’ai soigné des patients dont les visions se rapportaient à des événements vieux de plusieurs siècles. Tout cela ne peut venir que de l’inconscient, de l’âme impersonnelle… L’homme contemporain n’est que le dernier fruit de l’arbre de la race humaine. Aucun de nous ne sait ce que nous savons.

– Comment voyez-vous les relations entre les hommes et les femmes ?

– Le premier intérêt de l’homme devrait être son travail, tandis que le travail de la femme, son occupation, c’est l’homme. Oui, je sais que dire cela fait l’effet d’une philosophie de mâle égoïste. Mais qui dit mariage dit foyer. Et le foyer est comme un nid : il n’y a pas place pour deux oiseaux à la fois ; l’un est assis dedans, l’autre est perché sur le bord, observe alentour et s’occupe de toutes les tâches extérieures. Quitte à passer pour cynique, j’ajouterai ceci : l’instinct pousse la femme à capturer et à garder un seul homme. L’instinct pousse l’homme à avoir le plus de femmes possible.

– Vous estimez donc que la fidélité dans un couple n’est pas possible…

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Entretien imaginaire avec Carl Gustav Jung, 4/7

– Où trouvez-vous l’aiguillon pour votre travail créateur ?

– On est toujours dans le noir au sujet de sa propre personnalité, on a besoin des autres pour se connaître. Cela dit, j’ai commencé par un simple travail scientifique de routine. J’ai toujours suivi la devise selon laquelle toute chose mérite d’être faite, si on la fait bien ! Les aiguillons de mon travail créateur se trouvent dans mon tempérament. L’assiduité ainsi qu’un puissant désir de savoir m’ont accompagné tout au long de ma vie. Je ne tire aucune satisfaction d’une connaissance superficielle des choses ; je veux les connaître en profondeur. Lorsque je me rendis à la conclusion que je n’avais des primitifs que des notions nébuleuses et que les livres ne m’apprendraient pas tout à leur sujet, je commençai à voyager en Afrique, au Nouveau-Mexique et en Inde. C’est pour la même raison que j’ai appris le swahili.

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– Avez-vous l’impression que la pensée de l’Orient est, d’une certaine manière, plus avancée que celle de l’Occident ?

– Voyez-vous, la pensée de l’Orient ne peut être comparée à celle de l’Occident ; elle est sans commune mesure, c’est autre chose.

– En quoi diffèrent-elles alors ?

– Les Orientaux sont bien plus influencés que nous par les faits de base de la psychologie.

– Cela se rapproche plus de votre philosophie ?

– Oh ! Oui, tout à fait. J’ai une compréhension singulière de l’Orient, et l’Orient peut mieux apprécier mes idées, car on y est mieux préparé à voir la vérité de la psyché. Certains pensent qu’il n’y a rien dans l’esprit d’un enfant qui naît ; je dis qu’il y a tout mais que ce n’est pas encore conscient. C’est là en puissance. Or, en Orient, tout est fondé sur cette potentialité.

– Vous évoquez souvent l’âme ancestrale de l’homme.

– Bien peu savent quelque chose de l’âme ancestrale et plus rares encore sont ceux qui y croient. Ne sommes-nous pas dépositaires de toute l’histoire de l’humanité ? Pourquoi est-il si difficile de croire que chacun de nous a deux âmes ? Lorsqu’un homme atteint la cinquantaine, une partie de lui seulement n’a vécu qu’un demi-siècle. L’autre partie, qui vit aussi dans sa psyché, est vieille de millions d’années.