Ce samedi 7-11: Exercices d’humiliation chez Ruquier…

Sans Fabrice Luchini, Laurent Ruquier n’aurait jamais entendu parler de Roland Barthes. Il en a convenu. Peut-être l’a-t-il croisé dans un sauna, mais il était si timide… Laurent Binet, auteur de La Septième fonction du langage, était atterré. Il n’était pas au bout de ses peines : Yann Moix décréta que son roman était poujadiste et nauséabond. Ces émissions du samedi soir ne sont pas faites pour regonfler notre ego. Mais ce 7 novembre 2015, restera dans les annales pour les exercices d’humiliation.

Une dame d’un certain âge, un peu corpulente, Valérie Mairesse, nous expliqua qu’elle parlait face à un mur au théâtre La Bruyère pour faire comprendre aux femmes brimées par leur mari et lassées par la conjugalité qu’elles doivent partir sans tarder pour la Grèce, faute de quoi un cancer s’abattra sur elles. D’ailleurs, il a emporté sa sœur qui n’avait que cinquante-huit ans. Et c’est pourquoi elle a voulu délivrer ce message. Léa Salamé lui a fait observer qu’il était un peu daté et qu’aujourd’hui c’étaient plutôt les filles qui plaquaient les mecs. Quant à Yann Moix, non sans perfidie, il a vivement conseillé ce spectacle. Ainsi au moins, il ne serait pas le seul à y être allé.

Puis vint le tour de Benjamin Castaldi qui a connu bien des déboires ces dernières années et qui tenait à rectifier tous les mensonges qui avaient circulé à son sujet. J’ai cru comprendre qu’il avait été ruiné, mais que tout le monde s’en foutait. N’est pas Oscar Wilde qui veut. Quant à Bruno Gaccio qui est favorable à une plus juste répartition des richesses (qui ne l’est pas ?) Laurent Ruquier oublia de lui donner la parole.

S’avança alors avec la majesté du Grand Invité, un ministre socialiste, un certain Patrick Kanner, militant depuis ses dix-sept ans et le sourire ravi de l’homme qui a enfin atteint son niveau d’incompétence. Il a maintenant cinquante-huit ans, se teint les cheveux comme François Hollande et parvient à être encore plus ennuyeux que son Maître. L’apparatchik dans toute sa splendeur. Comme il n’avait rien à dire, personne ne lui posa de questions. Plutôt que de se laisser humilier, il fut humble. Reconnaissant l’amateurisme et les gaffes du gouvernement auquel il appartient, mais fidèle à ses engagements de jeunesse. Un homme de bonne volonté auquel un séjour prolongé en Grèce en compagnie de Valérie Mairesse ferait le plus grand bien. Ces hommes qui ont l’air débonnaire de chefs de rayon dans des grands magasins portent sur leur visage le masque  de la servitude et des illusions enfuies…

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Samedi 25-10: Olivier Besancenot, notre Robin des Bois sous perfusion…

Olivier Besancenot m’a fait de la peine face à Léa Salamé et Yann Moix qui le harcelaient de questions sur la dégringolade de son parti, le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) qui défend pourtant les défavorisés, tous les défavorisés du monde entier, toutes les victimes de la Crise et du Capitalisme, avec l’ardeur et la générosité des dames d’œuvre du XIXème siècle qui se mettaient au service des gueux. Olivier Besancenot, tantôt rageur, tantôt déprimé, avouait lui-même y perdre son latin. Ce qui m’a remis aussitôt en mémoire, comme quoi la télévision ne rend pas nécessairement con, la célèbre citation latine Vox clamantis in deserto (la voix qui crie dans le désert) que j’attribuais à Virgile, mais qui revient à Jean-Baptiste endossant le rôle du prophète pour annoncer, lui aussi, une ère nouvelle avec la venue de Jésus. Léa Salamé aurait pu nous offrir une nouvelle interprétation de Salomé, elle s’est contentée de jouer le rôle de la bonne élève qui veut absolument savoir… mais qui ne comprendra jamais.

Olivier Besancenot était donc cette voix criant dans le désert avec à l’appui un livre (il faut toujours un livre : question de crédibilité) au titre austère: Le véritable coût du capital. Il en fut question par pure politesse pendant cinq minutes, mais visiblement personne ne comprenait rien aux chiffres alignés par notre novice en économie dont chacun pensa qu’il ne savait pas très bien dans quelle direction il s’engageait, mais que si jamais il y arrivait, il ne saurait plus vraiment où il  se trouverait. Lui-même semblait un peu perdu et on aurait volontiers voté pour lui, ne serait-ce que pour lui donner un peu d’espoir. Après tout, il a endossé un rôle avantageux, celui de Robin des Bois qui dépouille les riches pour donner aux pauvres ce qui leur revient. Il a rappelé, ce que j’entends depuis un demi-siècle, que les exploiteurs sont de plus en plus impitoyables et les exploités de moins en moins protégés. Que des oligarchies corrompues se partagent le magot, pendant que les migrants s’entassent dans la jungle de Calais où les femmes sont violées et les enfants sacrifiés. Et, plus surprenant encore, personne ne l’écoute, lui le défenseur de la veuve et de l’orphelin. On se moque même de lui à la Poste quand il affiche ses ambitions politiques. On le traite de « doux rêveur » et on lui conseillerait plutôt de consulter un psychiatre.
Bref, ce pauvre Olivier est mal barré: tant d’énergie dépensée pour constater in fine une impossibilité de se faire entendre. Comme le dit un proverbe vaudois, « Entre ce que je dis et rien, c’est du pareil au même ! »

Compatissons mes frères : tout ne peut pas être mauvais chez un homme qui a mis une telle ferveur dans une cause – l’Internationalisme Prolétarien – qui devrait être celle de tous et qui ne l’est plus de personne.

Samedi 17-10: Et si on faisait appel à un exorciste ?

J’ai été saisi d’hallucinations en regardant, comme d’habitude le samedi soir, On n’est pas couché. Laurent Ruquier sautillait de plus en plus sur son fauteuil, Léa Salamé semblait possédée par Aymeric Caron, son ancien partenaire. Elle soutenait avec une ferveur hystérique le bilan de François Hollande face à Virginie Calmels, adjointe d’Alain Juppé, qui, elle aussi, portait une voix qui n’était pas la sienne : celle d’une France en souffrance qu’elle veut sauver par une gestion efficace, comme elle l’a fait (ou pas, je n’en sais rien) à Endemol, à Canal et à Eurodisney. Je ne me permettrai évidemment pas de mettre en doute ses capacités de femme d’affaires, mais quand elle juge Juppé si moderne, si efficace, si chaleureux un doute me vient : et si, elle aussi, souffrait d’une identification hystérique à son boss. Vivement un exorciste ou un psychanalyste, me suis-je dit. Au moins, nous aurions droit avec l’exorciste à des scènes moins convenues et avec le psychanalyste à un silence plus reposant que les invectives de ces deux dames. Je précise que l’une d’elles, Virginie Calmels, a retrouvé ses racines – mot-clé – à Bordeaux et qu’elle aspire à diriger la région Aquitaine tout en conservant ses émoluments d’Eurodisney, ce ce qui a occupé une large part du débat. Entre possession et mesquinerie, c’est toujours la mesquinerie qui finit par l’emporter.

On avait sans doute prié Yann Moix de donner dans la sobriété, ce qu’il a fait.
Il a trouvé « bouleversant » le témoignage d’une animatrice de télévision dont l’enfant est polyhandicapé. Le père, bien sûr, comme quatre vingt pour cent des pères dans cette situation, a pris la fuite. Églantine Eméyé dont le livre s’intitule Le Voleur de brosse à dents est restée très digne, confirmant ce que j’ai cru comprendre quand j’étais enfant: les grandes douleurs sont muettes et donnent à celui qui les affronte une force intérieure qui impose le respect.

En revanche, celui qui n’impose ni respect, ni empathie, c’est Laurent Baffie possédé lui, par une forme d’autosatisfaction qui l’a conduit à traiter Yann Moix de « merde » et, surtout, par un logiciel d’anagrammes – un anagrammeur – qui lui a permis de concocter un « Dictionnaire des noms propres » que je ne conseillerai à personne et surtout pas à ceux, linguistes, psychanalystes, poètes, qui ont pour la langue un véritable amour.

Heureusement, Arielle Dombasle était présente pour sauver ce qui pouvait l’être de cette lugubre soirée. Délicieuse comme toujours, elle est possédée par le rockabilly qu’elle renouvelle avec le groupe suisse: The Hillbilly Moon Explosion. Du Superoldie, oui. Mais avec Tarantino en plus et des clips à tomber en extase. Tout le monde pour une fois était sincèrement d’accord sur le plaisir que provoque ce nouvel album d’Arielle Dombasle, à l’exception de Léa Salamê qui se prenant pour la jeune de service le trouve daté et ringard. Pour la ringardise, elle repassera après s’être faite exorcisée. Arielle, elle, n’en a nul besoin. Elle plane – et nous avec elle.

Samedi 11-10: Un quart d’heure avec Claude Bartolone et Joël Dicker.

Faut-il l’imputer à mon téléviseur qui rendait l’âme ou au peu d’entrain qui régnait sur le plateau de Laurent Ruquier ? Toujours est-il que dans les brumes matinales, je ne voyais plus que Joël Dicker arrivant aux commandes d’un long-courrier Swiss pour lancer  son nouveau roman, Le Livre des Baltimore, à l’occasion d’un cocktail  géant le célébrant à Genève. On fait les choses en grand dans les petits pays. À Paris, il n’a eu droit qu’au respect de Yann Moix qui respecte tous les écrivains et qui respecte infiniment ceux qui vendent leur livre, ce qui est devenu exceptionnel. Il était embarrassé pour en dire plus : il s ‘est donc contenté de rappeler qu’il était lui aussi écrivain, au cas où sa présence aux côtés de Léa Salamé et de Laurent Ruquier nous amènerait à en douter.

Ruquier, bien sûr, n’avait lu que la moitié du Livre des Baltimore et tentait sans grande conviction d’en connaître la fin pour s’épargner un effort superflu. Léa Salamé, elle, confessait qu’elle avait des amis snobs qui prétendaient que Dicker n’avait aucun style – sans doute avaient-ils lu Frédéric Beigbeder dans le Figaro Magazine qui l’avait étripé – mais qu’elle avait offert La vérité sur l’affaire Harry Quebert à ses neveux, respectivement âgés de seize et dix-huit ans, jusque là imperméables à la lecture et qui grâce à Joël Dicker ont pris goût à ce vice solitaire. Tout le monde sur le plateau d’On n’est pas couché s’est alors extasié sur le miracle qui s’était produit et sur les trois millions d’exemplaires que le jeune et fringant Genevois avait dispersés dans le monde entier. Dieu que la multiplication des pains semblait minable à côté de ce tour de force: c’était comme si l’on assistait en direct à la résurrection de la littérature.

En revanche, avec Claude Bartolone – personnage plutôt sympathique au demeurant – aucun miracle ne se produisit. Tout juste quelques arnaques sur les produits financiers toxiques liées à la parité du franc suisse et de l’euro, ainsi qu’à des emplois fictifs. Rien que de très banal en politique, sans conséquence aucune et d’ailleurs attribuable à ses prédécesseurs. François Mitterrand l’aimait bien, Bartolone, pour sa gouaille. Et il est vrai que le meilleur moment de cette soirée insipide fut celui où Bartolone raconta pourquoi il voulait que la région Île de France s’appelât dorénavant région « Paris, Île de France ». Pour une raison très simple, c’est que personne dans le vaste monde ne connaît l’Îe de France et que tous ses interlocuteurs lui demandent s’il faut prendre un bateau pour s’y rendre. Adolescent, Claude Bartolone voulait devenir garagiste : je lui aurais volontiers confié ma voiture. Quant à voter pour lui, c’est une autre question: il détiendrait, selon ses interlocuteur, le record des déficits des régions dont il a eu la charge. Un endettement maximal pour Bartolone, un enrichissement incroyable pour Joël Dicker…

Les Suisses seraient-ils devenus plus astucieux que les Français ?