Entretien imaginaire avec Carl Gustav Jung, 2/7

« Invoqué ou non, Dieu sera présent. » …

J’en profitai pour lui demander s’il y avait une relation particulière entre cette sentence et sa vision du monde.

« Lorsque la science moderne a désinfecté le ciel, me répondit-il, elle n’y a pas trouvé Dieu. Certains scientifiques ont prétendu que la résurrection de Jésus, la naissance virginale, les miracles – tout ce qui a nourri la pensée chrétienne au cours des âges – sont de gentilles histoires, mais qu’elles n’en sont pas moins fausses.

« Mais moi je dis : ne négligez pas le fait que ces idées véhiculées par des millions d’hommes pendant des générations sont de grandes vérités psychologiques éternelles.

 » Considérons ces vérités comme doit le faire un psychologue. Voici l’esprit humain, sans préjugé, sans tache, non corrompu, symbolisé par une vierge, et cet esprit originel en l’homme peut donner naissance à Dieu lui-même. « Le royaume des cieux est en vous.  » Voilà une grande vérité psychologique. Le christianisme est un magnifique système de psychothérapie. Il apaise la souffrance de l’âme.

– Peut-être pourriez-vous nous expliquer plus concrètement ce que doit faire le psychothérapeute. Doit-il indiquer au malade comment se comporter ou simplement l’exhorter à trouver lui-même son chemin ?

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Entretien imaginaire avec Carl Gustav Jung, 1/7

Originellement publié dans Le Monde, le 22 février 1985.

 

Tous ceux qui ont rencontré le psychologue suisse Carl Gustav Jung (1875-1961) m’ont parlé de lui comme d’un homme solidement ancré dans la réalité, aimant travailler la terre, la pierre et le bois, faisant jusqu’à un âge avancé de la voile sur le lac de Zurich et manifestant en société un sens aigu de l’humour. Son rire surtout était célèbre : tantôt discret et réservé, tantôt homérique.

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Oui, de Jung tous convenaient qu’il était une force de la nature, capable de danser tard dans la nuit, dormant volontiers à la belle étoile chez ses amis les Indiens Pueblos ou parcourant la brousse en Afrique australe pour mieux connaître des sociétés moins policées que la Suisse. Comme me l’a confirmé un de ses proches disciples, Charles Baudouin, Jung n’avait rien d’un érudit livresque ni d’un homme de cabinet : aussi était-on parfois surpris en l’entendant parler, sur un ton d’absolue conviction, de l’anima, du soi, de l’ombre, des archétypes et d’autres réalités intangibles.

Paradoxalement, ce psychiatre qui se voulait avant tout un empiriste, fidèle à l’expérience, suscita des réactions d’une rare violence. Si le philosophe juif Martin Buber le rangea parmi les gnostiques paléochrétiens, les psychanalystes freudiens lui reprochèrent ses spéculations ayant trait à l’âme ancestrale de l’homme, ainsi que son « orientalisme de bazar », et rejetèrent une pensée qu’ils jugeaient d’une inspiration plus religieuse que scientifique. Ce qui s’explique quand on sait que pour Jung la névrose était le symptôme caractéristique de l’homme qui a perdu le soutien de la religion. À l’un de ses amis, il confia un jour :

« Tous les névrosés sont en quête d’une religion. »

Au-dessus de la porte de sa maison de Küsnacht, près de Zurich, il avait fait graver cette devise: « Invoqué ou non, Dieu sera présent » 

Les détecteurs de pédophiles…

Il existait des détecteurs de mensonges dont l’efficacité était pour le moins douteuse. Le psychologue suisse, Carl Gustave Jung,  était à l’origine de cette découverte qui nous enchantait dans les films américains des années cinquante, surtout quand il s’avérait que le coupable n’était pas celui que la police scientifique avait désigné.

Il existera bientôt des détecteurs de pédophilie – la hantise de l’époque – qui nous permettront de distinguer qui est dangereux, peu ou prou, et qui est susceptible de récidiver en enregistrant les réactions cérébrales et physiologiques à des images lascives de petits garçons et de petites filles dénudées. Un bon moment pour ceux qui feront passer le test, un sale quart d’heure pour les amateurs de Lolitas, un malaise cardiaque assuré pour les émotifs.

Ces appareils, mis au point au point avec l’argent de la Confédération helvétique par les universités de Bâle et de Zürich, évalueront même l’efficacité des thérapies mises œuvre pour remettre le délinquant sexuel dans le droit chemin. On devrait d’ailleurs développer ce type de technologies pour nous assurer que tel lecteur du Coran n’est pas un futur terroriste ou que telle jeune jeune fille fashionvictime ne succombera pas aux délices de l’anorexie.

Bref, pour l’instant, les enfants eux au moins sont protégés et les « vilains messieurs » – on se demande d’ailleurs pourquoi les femmes sont exclues de ce cercle – devront se tenir à carreau ou redoubler de vigilance. Il va de soi que nous ne pouvons que nous en réjouir, même si nous savons que le diable dispose souvent d’une redoutable avance sur toutes les technologies … et que ces dernières font sans doute partie de ses desseins.