Quand Angelo Rinaldi mettait Amiel KO

Pour d’obscures raisons qu’il ne m’appartient pas de démêler – j’en serais d’ailleurs bien incapable -, on a oublié qu’il fût un temps où existait une véritable critique littéraire et que mon ami Angelo Rinaldi y faisait la pluie et le beau temps. Personne n’était aussi doué pour cracher son venin que cet adorable Corse, aujourd’hui quelque peu diminué par l’âge et l’Académie française.  Trop fougueux pour apprécier les circonvolutions amieliennes, il lui a réglé son compte en quelques lignes qui méritent d’être rappelées, qu’on y souscrive ou non. « Paul Léautaud, écrit-il, va aussi loin dans le scrupule que le Genevois Amiel, occupé comme lui, chaque soir, à raconter sa journée, mais dont l’absence d’humour et d’érotisme plonge le lecteur dans un coma helvétique. »
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Trouvaille géniale que ce coma helvétique : il est vrai que tout ce qui se prolonge finit par lasser. Mais , à la décharge d’Amiel, gardons-nous d’oublier qu’il ne lui est jamais venu à l’idée d’assommer qui que ce soit avec les dix-huit mille pages de son journal. Il se félicitait, au contraire, de n’avoir aucun grand ouvrage en chantier, pas d’enfants à élever, ni de principes à défendre. « Le monde se passera à merveille de moi », notait-il encore dans son journal peu avant de mourir.

Il était parfaitement conscient que les pages qu’il remplissait, n’étaient dans le fond qu’une variété de l’onanisme et, surtout, une ruse de l’égoïsme couard. Un écrivain qui ne s’aime pas et qui répugne à prendre ses lecteurs dans les filets de son œuvre, voilà qui nous sort du coma helvétique et nous donne une leçon de modestie et de délicatesse.

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Quand je faisais mes gammes…

Le 4 février

 

J’ai eu ce qu’il est convenu d’appeler une enfance préservée, une enfance bourgeoise. Père professeur, mère au foyer. La littérature et le cinéma nous ont habitués à cette image du fils unique, choyé, pris entre les exigences affectives d’une mère trop aimante et faible et d’un père à la fois fier et jaloux de cette unique offrande à la postérité. En ce qui me concerne, cette image est d’une fidélité remarquable; je n’y vois rien à ajouter.

L’éducation que j’ai reçue donne des candidats à la névrose et à la littérature. Je n’ai échappé ni à l’une, ni à l’autre.

 

Le 5 février

 

Mercredi soir, conférence de Pierre Burgelin sur la crise de l’humanisme. Tous les poncifs (mort de Dieu = mort de l’homme, Michel Foucault et Jean-Luc Godard…) y sont passé. Burgelin est professeur de théologie à l’Université de Strasbourg. Produit d’un humanisme distingué, il pourrait être à lui-même son propre objet de conférence.

Une certitude: les Blancs sont aujourd’hui les derniers anthropophages. Comme tous les anthropophages, ils n’en sont pas conscients.

 

 

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Le 22 février

 

Au restaurant vietnamien, la serveuse nous apprend qu’on appelle le chef de cuisine chargé de préparer le repas du personnel le « communard ».

Quiconque a appris à penser ne pense plus qu’à la mort.

Car l’homme authentique, dit Zarathoustra, veut deux choses: le Danger et le Jeu.

C’est au coeur de nos retranchements que nous sommes les plus vulnérables.

 

Le 25 mars

Rien n’est dit qui n’ait trouvé sa forme.

Il n’est pas plus vile action que de marchander son passé. Il n’en est pas de plus difficile que de le mettre à jour.

 

Le 25 avril

 

Toute civilisation est d’une certaine manière décadente.

Post coïtum, omne animal triste est… à l’exception de la femme et du coq. Pourquoi cette citation de Galien est-elle toujours donnée incomplète ?