Le grand écrivain, selon Marcel Proust …

À tous ceux, trop nombreux à mon gré et surtout trop prétentieux, qui aspirent à devenir  de grands écrivains, je rappellerai volontiers  les traits de caractère qui, selon Marcel Proust, leur permettront, sinon d’y parvenir, du moins d’y prétendre :

 

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1. Les insomnies. Cioran pensait de même : les nuits blanches à Sibiu lui ont ouvert les yeux et permis de gravir les cimes du désespoir.

2. La paresse. Fuyez les écrivains  qui se mettent à leur bureau à huit heures du matin et ne le quittent pas avant 18 heures. Ils ont raté leur carrière de fonctionnaire.

3. Le gâchage des dons. N’exploitez jamais tout votre potentiel !. Laissez-le en friche ! Un écrivain  n’est pas un entrepreneur, mais un cinglé.

4. L’inexactitude. Laissez la précision, l’exactitude aux scientifiques. D’ailleurs l’inexactitude nous conduit plus sûrement à la vérité que l’objectivité.

5. Les passions. Quelles qu’elles soient, et principalement sexuelles, les passions sont l’unique aliment qui nourrira votre œuvre.

6. Les névralgies. Pas de grand écrivain qui ne soit hypocondriaque ou dépressif.

7. L’égoïsme. Il faut être capable de tuer pour que son projet aboutisse. Freud  pensait de même. Je me garderai de le citer pour éviter un écueil qui gâcherait tout : la pédanterie et même l’érudition dont Proust disait qu’elle n’est jamais qu’une fuite loin de notre propre vie. L’Université  tue la littérature plus sûrement que la censure.

8. La tendresse passionnée. Jamais d’eau tiède !

9. La nervosité excessive. Elle peut vous rendre exécrable, asocial, voire de mauvaise foi. Qu’importe !

10. Un brillant excès de facultés intellectuelles. Il va de soi que c’est la condition sine qua non. Tout en n’oubliant jamais qu’un livre n’est pas un salon de thé où papotent de vieilles filles, mais un bordel dont on sort ivre, repu, comblé.

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Par ailleurs, soignons nos vices ou nos défauts. Ce si gentil petit Marcel profanait l’image de sa mère dans des bordels pour hommes, se montrait cruel vis-vis des animaux – l’épisode des rats raconté par Painter  est hallucinant –  et payait les critiques du Figaro et de la Revue des Débats pour avoir des articles à la une.

Pour être certain, qu’ils lui seraient favorables, il les écrivait lui-même, se comparant à Dickens pour assurer de meilleures ventes.

Conclusion : les grands écrivains sont aussi des voyous de la pire espèce. J’ajoute : ils doivent l’être.

 

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