Samedi 17-10: Et si on faisait appel à un exorciste ?

J’ai été saisi d’hallucinations en regardant, comme d’habitude le samedi soir, On n’est pas couché. Laurent Ruquier sautillait de plus en plus sur son fauteuil, Léa Salamé semblait possédée par Aymeric Caron, son ancien partenaire. Elle soutenait avec une ferveur hystérique le bilan de François Hollande face à Virginie Calmels, adjointe d’Alain Juppé, qui, elle aussi, portait une voix qui n’était pas la sienne : celle d’une France en souffrance qu’elle veut sauver par une gestion efficace, comme elle l’a fait (ou pas, je n’en sais rien) à Endemol, à Canal et à Eurodisney. Je ne me permettrai évidemment pas de mettre en doute ses capacités de femme d’affaires, mais quand elle juge Juppé si moderne, si efficace, si chaleureux un doute me vient : et si, elle aussi, souffrait d’une identification hystérique à son boss. Vivement un exorciste ou un psychanalyste, me suis-je dit. Au moins, nous aurions droit avec l’exorciste à des scènes moins convenues et avec le psychanalyste à un silence plus reposant que les invectives de ces deux dames. Je précise que l’une d’elles, Virginie Calmels, a retrouvé ses racines – mot-clé – à Bordeaux et qu’elle aspire à diriger la région Aquitaine tout en conservant ses émoluments d’Eurodisney, ce ce qui a occupé une large part du débat. Entre possession et mesquinerie, c’est toujours la mesquinerie qui finit par l’emporter.

On avait sans doute prié Yann Moix de donner dans la sobriété, ce qu’il a fait.
Il a trouvé « bouleversant » le témoignage d’une animatrice de télévision dont l’enfant est polyhandicapé. Le père, bien sûr, comme quatre vingt pour cent des pères dans cette situation, a pris la fuite. Églantine Eméyé dont le livre s’intitule Le Voleur de brosse à dents est restée très digne, confirmant ce que j’ai cru comprendre quand j’étais enfant: les grandes douleurs sont muettes et donnent à celui qui les affronte une force intérieure qui impose le respect.

En revanche, celui qui n’impose ni respect, ni empathie, c’est Laurent Baffie possédé lui, par une forme d’autosatisfaction qui l’a conduit à traiter Yann Moix de « merde » et, surtout, par un logiciel d’anagrammes – un anagrammeur – qui lui a permis de concocter un « Dictionnaire des noms propres » que je ne conseillerai à personne et surtout pas à ceux, linguistes, psychanalystes, poètes, qui ont pour la langue un véritable amour.

Heureusement, Arielle Dombasle était présente pour sauver ce qui pouvait l’être de cette lugubre soirée. Délicieuse comme toujours, elle est possédée par le rockabilly qu’elle renouvelle avec le groupe suisse: The Hillbilly Moon Explosion. Du Superoldie, oui. Mais avec Tarantino en plus et des clips à tomber en extase. Tout le monde pour une fois était sincèrement d’accord sur le plaisir que provoque ce nouvel album d’Arielle Dombasle, à l’exception de Léa Salamê qui se prenant pour la jeune de service le trouve daté et ringard. Pour la ringardise, elle repassera après s’être faite exorcisée. Arielle, elle, n’en a nul besoin. Elle plane – et nous avec elle.

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Nazisme, islamisme et paternalisme…

Il est toujours troublant, quand on suit par mégarde un débat à la télévision (par exemple Ce soir ou jamais, hier 16 octobre) et qu’il est question d’Israël et de la Palestine, de ne jamais entendre un participant rappeler les liens plus qu’étroits entre les nazis et les musulmans, alors que de nombreux ouvrages d’historiens ont rappelé des faits qui projettent sur l’actualité récente un passé peu glorieux. Depuis le grand mufti El-Husseini de Jérusalem, un père spirituel d’Arafat, qui projetait en 1946 de poursuivre le combat d’Hitler jusqu’à Sayyid Qutb – le Karl Marx du monde musulman – pour lequel tout ce qui est juif est mauvais et tout ce qui est mauvais est juif… Haine des Juifs donc largement partagée et haine des Américains dans une logique imparable du Complot.

Le dernier livre paru sur ce sujet est Djihâd et haine des juifs de Matthias Küntzel (Le Toucan) avec un avant-propos de Boualem Sansal qui, lui au moins, est conscient du problème. Sans comprendre pourquoi les Européens  se montrent d’une incroyable hypocrisie dès lors qu’on détricote le fil rouge de cette haine  congénitale des Juifs qui débute avec Mahomet à Médine et se poursuit avec l’Intifada présente.

Mais d’où vient, selon l’historien Matthias Küntzel interrogé dans Le Point (n°2249), cette occultation de la réalité par les intellectuels ?  Pourquoi les appels à détruire Israël et à exterminer les Juifs ne sont-ils pas pris au sérieux ?

Réponse de Küntzel: « Parce que les Arabes sont condamnés à jouer le rôle des opprimés que des intellectuels condescendants cherchent constamment à excuser. »

Il s’agirait d’une forme de racisme paternaliste, le racisme étant la chose la mieux partagée du monde, y compris par ceux qui se montrent le plus vigilants à son égard. C’est une hypothèse. Il y en a sans doute d’autres. À chacun d’en tirer ses conclusions … provisoires. Forcément provisoires.

Samedi 11-10: Un quart d’heure avec Claude Bartolone et Joël Dicker.

Faut-il l’imputer à mon téléviseur qui rendait l’âme ou au peu d’entrain qui régnait sur le plateau de Laurent Ruquier ? Toujours est-il que dans les brumes matinales, je ne voyais plus que Joël Dicker arrivant aux commandes d’un long-courrier Swiss pour lancer  son nouveau roman, Le Livre des Baltimore, à l’occasion d’un cocktail  géant le célébrant à Genève. On fait les choses en grand dans les petits pays. À Paris, il n’a eu droit qu’au respect de Yann Moix qui respecte tous les écrivains et qui respecte infiniment ceux qui vendent leur livre, ce qui est devenu exceptionnel. Il était embarrassé pour en dire plus : il s ‘est donc contenté de rappeler qu’il était lui aussi écrivain, au cas où sa présence aux côtés de Léa Salamé et de Laurent Ruquier nous amènerait à en douter.

Ruquier, bien sûr, n’avait lu que la moitié du Livre des Baltimore et tentait sans grande conviction d’en connaître la fin pour s’épargner un effort superflu. Léa Salamé, elle, confessait qu’elle avait des amis snobs qui prétendaient que Dicker n’avait aucun style – sans doute avaient-ils lu Frédéric Beigbeder dans le Figaro Magazine qui l’avait étripé – mais qu’elle avait offert La vérité sur l’affaire Harry Quebert à ses neveux, respectivement âgés de seize et dix-huit ans, jusque là imperméables à la lecture et qui grâce à Joël Dicker ont pris goût à ce vice solitaire. Tout le monde sur le plateau d’On n’est pas couché s’est alors extasié sur le miracle qui s’était produit et sur les trois millions d’exemplaires que le jeune et fringant Genevois avait dispersés dans le monde entier. Dieu que la multiplication des pains semblait minable à côté de ce tour de force: c’était comme si l’on assistait en direct à la résurrection de la littérature.

En revanche, avec Claude Bartolone – personnage plutôt sympathique au demeurant – aucun miracle ne se produisit. Tout juste quelques arnaques sur les produits financiers toxiques liées à la parité du franc suisse et de l’euro, ainsi qu’à des emplois fictifs. Rien que de très banal en politique, sans conséquence aucune et d’ailleurs attribuable à ses prédécesseurs. François Mitterrand l’aimait bien, Bartolone, pour sa gouaille. Et il est vrai que le meilleur moment de cette soirée insipide fut celui où Bartolone raconta pourquoi il voulait que la région Île de France s’appelât dorénavant région « Paris, Île de France ». Pour une raison très simple, c’est que personne dans le vaste monde ne connaît l’Îe de France et que tous ses interlocuteurs lui demandent s’il faut prendre un bateau pour s’y rendre. Adolescent, Claude Bartolone voulait devenir garagiste : je lui aurais volontiers confié ma voiture. Quant à voter pour lui, c’est une autre question: il détiendrait, selon ses interlocuteur, le record des déficits des régions dont il a eu la charge. Un endettement maximal pour Bartolone, un enrichissement incroyable pour Joël Dicker…

Les Suisses seraient-ils devenus plus astucieux que les Français ?

Samedi 4-10 / Alain Finkielkraut chez Ruquier: enfin une victoire de la pensée !

Du passage d’Alain Finkielkraut à « On n’est pas couché », je retiendrai sept choses simples, mais décisives :

  1. Une supériorité intellectuelle évidente et un vrai travail de la pensée en imposent, même et surtout à ceux qui sont englués dans une bienpensance qui certes flatte leur narcissisme, mais dont ils peinent à se sortir, comme la mouche dans une bouteille de Wittgenstein. Ce fut le cas, face à un Alain Finkielkraut narquois, d’un politologue au crâne lisse et aux idées courtes, un certain Thomas Guênolé, auteur d’un livre : Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants ?  Après avoir écouté patiemment son réquisitoire, Alain Finkielkraut n’en fit qu’une bouchée.
  1. Yann Moix, après une vaine et sirupeuse tentative de captatio benevolentiae en faisant appel à Lévinas, comprit qu’il avait intérêt à se tenir coi et eut l’habileté de poser des questions qui ne fâchent pas, laissant à Léa Salamé le soin d’étaler sa sottise, ce qu’elle fit – et il faut au moins lui reconnaître ce mérite – sans le moindre complexe. Yann Moix se borna à défendre Fleur Pellerin, ce qui procura un frisson de plaisir à un vieux présentateur de télévision, Bruno Masure, qui eut droit à quelques minutes de gloriole imprévues.
  1. Léa Salamé, depuis quelques années, a une idée fixe qui semble la perturber beaucoup et qu’elle ressort à chaque émission : la gauche aurait perdu le monopole des idées et la droite, voire l’extrême-droite ( ô misère ! ) auraient conquis un terrain auquel de facto elles n’ont pas droit. Et de citer un quarteron d’intellectuels ou d’écrivains parmi lesquels Alain Finkielkraut et quelques collaborateurs de Causeur, magazine dont on imagine facilement que la nuit, dans sa jolie petite chambre d’ex petite jeune fille qui se trouvait si mignonne, elle doit en faire des cauchemars. Alain Finkielkraut la rassura : il est toujours de gauche  (bon, là il charrie un peu …) et l’immense majorité du pouvoir mediatico-judiciaire appartient au même parti qu’elle, celui des Gentils, avec à leur tête le Zorro moustachu, Edwy Plenel. Je crois qu’il importe à tout prix dans cette émission d’éviter que Léa Salamé ait un gros chagrin et passe de mauvaises nuits. Alain s’y employa à merveille. Ce n’est pas tout d’être philosophe, il faut aussi savoir jouer au psychiatre.
  1. Quant à Laurent Ruquier, plus girouette qu’il n’y parait, il prit la peine de lire à haute voix une page de l’essai de Finkielkraut,  La seule exactitude, sur  un ton solennel et inspiré. Il fut aussi beaucoup question de Charles Péguy, auteur qui rassure et rassemble beaucoup les Français.
  1. C’est donc dans une atmosphère à peu près apaisée que Finkielkraut s’abandonna à quelques méditations mélancoliques et défendit l’idée qu’une nation n’est pas une galerie marchande ou un aéroport, que criminaliser la préférence nationale au nom de l’universel ne va pas nécessairement de soi et que l’idée de race peut aussi s’allier avec celle d’honneur. Pas démagogue pour un sou, il n’accabla pas Nadine Morano, ce qui révèle une certaine noblesse d’âme. Il fit preuve, par ailleurs, de beaucoup d’humour en raillant l’art contemporain. Il fut jusqu’au terme de l’émission ce que Nietzsche nomme « un esprit libre ».
  1. En l’écoutant, je songeais au mot de son ami Pascal Bruckner : « Aujourd’hui  sont qualifiés de réacs, tous ceux qui ne pensent pas selon le dogme. Finalement, une certaine gauche aura réussi à faire du mot « réactionnaire » le synonyme d’ « intelligent »,  c’est-à-dire un titre de gloire. »
  1. Et pour conclure sur un mot de Finkielkraut qui peinera Léa Salamé, désolera Laurent Ruquier et laissera Yann Moix dubitatif : « Que représente Hitler aujourd’hui ? Un recours pour les nuls. »