SANS FILTRE … CE LUNDI 26 JUIN …

Ce que je pense de Michel Onfray ?

 

 

Éric de Bellefroid me demande au débotté  ce que je pense de Michel Onfray. Je lui réponds illico ceci :

1. Un puritain qui prône l’hédonisme.
2. Un graphomane qui a trop de choses à dire pour les penser vraiment.
3. Un pamphlétaire un peu trop ressentimenteux à mon goût.
4. Un homme de gauche qui vire à droite sans trop savoir pourquoi.
5. Un anti-freudien totalement à côté de la plaque.
6. Un bourreau de travail qui croit en ce qu’il fait… comme c’est étrange !
7. Un homme assez simple, en définitive, qui rame pour échapper à ses origines et qui est parvenu à occuper une place que plus personne ne revendique : celle de Grand Penseur Officiel. Tout à la fois rebelle et rassurant. Sous un certain angle : le BHL du pauvre.

Quelques minutes plus tard, Éric de Bellefroid me remercie pour ces quelques lignes si proches de ce qu’il pense.

J’aurais sans doute été plus indulgent si j’avais lu l’entretien que Michel Onfray a donné récemment à Philosophie Magazine et qui doit faire frémir d’horreur son fan club. Il donne raison à Samuel P. Huntington et admet qu’il y a bien un conflit de civilisation  entre l’Occident décadent et l’Islam planétaire en pleine forme. Il avoue qu’il avait autrefois quelque peine à choisir entre le Coran de Ben Laden et la Bible de George W. Bush.

Aveu désarmant de naïveté certes, mais qui me ravit. Il progresse ce jeune homme…

 

 

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SANS FILTRE … CE LUNDI 12 JUIN 2017

Un aveu d’abord : j’ai peu lu, pour ne pas dire rien, de Léon Daudet. Son nationalisme antisémite me rebutait. J’avais mieux à faire que de perdre mon temps avec un collaborateur de l’Action française.  Ce qui le sauvait néanmoins à mes yeux, c’est que Marcel Proust lui devait en 1919 le Goncourt pour À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Léon Daudet disait merde à la patrie dès qu’il s’agissait de littérature et préférait le roman d’un juif dreyfusard mondain aux Croix de bois de Roland Dorgelès, pourtant ancien combattant. On peut être réactionnaire jusqu’à la moelle et pourtant juger de la littérature sans œillère. Ses articles réunis sous le titre Écrivains et Artistes, certes datés, m’amènent à regretter d’être passé à côté de cet admirateur d’Henri Massis et de Charles Maurras. Ses rencontres avec Oscar Wilde sont particulièrement savoureuses.

Et c’est Jérôme Leroy qui, dans une préface étincelante, donne la mesure du talent généreux  de Léon Daudet critique, un homme qui refusait de faire de la littérature une assignation, une citation à comparaître, un homme qui n’aurait jamais signé, comme la plupart des auteurs de Gallimard, une pétition pour licencier un auteur, en l’occurrence Richard Millet, pour incorrection politique.
Nous sommes arrivés au point  – et l’élection de Macron en est un symbole – où il ne s’agit plus que de purifier l’atmosphère. Des flots de moraline coulent dans la presse et il est temps de procéder à un grand nettoyage de vos bibliothèques. Le rôle de l’écrivain n’est plus d’être déplaisant, mais anxiolytique, d’abord et avant tout. Chacun, ironise Leroy, a assez ce soucis comme ça pour ne pas, en plus, s’angoisser en lisant un roman. « Le principal est de calmer, de distraire et surtout de filer droit dans les rails de la littérature calibrée au temps de l’économie spectaculaire-marchande. » 

Cette forme de lâcheté et de cécité spirituelle m’excède autant qu’elle déprime Jérôme Leroy. Nous assistons, ébahis, à une forme de décérébration sans précédent qui finira par nous donner l’envie de nous installer en Corée du Nord pour juger des dégâts qui nous attendent. J’exagère ? Certes. Le pire n’étant hélas jamais certain, ne nous privons pas des chroniques de Léon Daudet : c’est une bouffée de liberté. Et revoyons un des films préférés de Jérôme Leroy, Breezy avec William Holden et Kay Lenz. De qui ? De Clint Eastwood, évidemment !

 

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SANS FILTRE … CE DIMANCHE 11 JUIN 2017

Soudain un éclair :  de la littérature, de la vraie, de la puissante, sans concession, ni ornement. Elle nous vient de Russie – bien sûr. Elle est fantastique, au propre comme au figuré. Le titre claque dans la nuit: Syphilis. Son auteur, Mikhaïl  Elizarov, né en 1973 près de Kharkov, vit à Moscou. Son premier livre, Le Bibliothécaire, lui a valu le Russian Booker Price. Syphilis est la preuve, s’il en était nécessaire, qu’une littérature forte ne peut éclore que dans un pays fort. Merci Poutine !

Merci également à Aldo Sterone qui dénonce avec sa verve habituelle l’arnaque du changement climatique sur You Tube. À conseiller à tous les gogos qui veulent « sauver la planète », ambition aussi ridicule que stérile.

Seuls les écrivains, les vrais, parlent intelligemment de cinéma. Dire qu’on enseigne dans les facs à de pauvres crétins, incapables de se concentrer plus de dix minutes, l’art de parler du septième art. Certains obtiennent même une licence de « critique de cinéma » qui leur servira peut-être à emballer des caissières de supermarché. Mais guère plus.

S’il est un chroniqueur à lire chaque semaine (et je n’en vois guère d’autres), c’est bien Éric Neuhoff dans Le Figaro.  S’il y a bien un metteur en scène à suivre, c’est le Coréen Hong Sang-soo. Cela tombe bien : cette semaine Éric Neuhoff  parle de son dernier film, Le jour d’après. « Il flotte dans ce marivaudage mélancolique une douceur indicible », écrit Éric Neuhoff qui est un maître en la matière comme en témoigne son dernier livre, Costa Brava.
Dans Le jour d’après, film minimaliste qui rappelle parfois Ma nuit chez Maud d’Éric Rohmer, on entend une jeune femme réciter le Pater Noster dans la nuit enneigée. Elle a honte d’avouer qu’elle croit en Dieu. Dans le monde de l’édition, elle passerait pour une demeurée. L’éditeur qui ne néglige pas les voluptés de l’adultère, comme tout éditeur qui se respecte, abuse un peu du soju et de la crédulité féminine. C’est un goujat et c’est pour cela qu’on l’aime. À la fin du film, il offre un roman de Soseki, sans doute Le pauvre cœur des hommes,  à une stagiaire qui s’éreinte à vouloir devenir romancière. Dire que les acteurs sont épatants serait un euphémisme. Leurs noms ne sont pas faciles à retenir. Mais leurs expressions sont inoubliables. Il arrive que le cinéma vous transporte encore ailleurs.  Éric Neuhoff  mérite notre gratitude : il n’y a guère que lui pour nous entraîner dans une salle de cinéma – un truc de vieux – pour en sortir rajeuni de vingt ans.

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