EMMANUEL MACRON, LE MICHEL DRUCKER DE LA POLITIQUE …

À la question : pourquoi Emmanuel Macron séduit-il tant les vieilles dames et les vieux messieurs, la réponse est claire. C’est le gendre idéal, le Michel Drucker de la politique. Avec lui, nous retrouvons Champs-Elysées et la mondialisation heureuse, une harmonie entre les peuples et les religions. Il ne veut de mal à personne. Il veut juste nous aimer. C’est un jeune séminariste, capable de citer Heidegger et Ricoeur, qui doit tout à son mérite et à sa famille modeste, mais honnête, prudente et fière de son rejeton. Il ne tient d’ailleurs pas être un élu en politique, mais l’Élu. La politique, il en a fait  l’expérience, c’est un peu sale et tordu pour un homme intègre et idéaliste comme lui. Son énergie, il la donne à la France pour qu’elle lui ressemble. C’est un mystique, peut-être un saint…qui sait ? Il a bien quelques aumônes à distribuer au bas-peuple : la suppression de la taxe d’habitation par exemple, mais enfin suivre son exemple, ce don total de sa personne, est la voie à suivre : chacun en tirera un bénéfice…au moins spirituel.

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Certains l’avaient décrit comme le candidat du grand Capital, d’autres comme un pervers susceptible d’embobiner à peu près n’importe qui avant de le trahir. Quelle erreur : un homme qui parvient à communier avec Robert Hue, François Bayrou et quelques libéraux bon teint ne peut pas être un filou. Un innocent peut-être, un idéaliste certainement qui croit que tous les hommes de bien sont de la même paroisse. Comment ne pas lui faire confiance ? Il s’entoure aussi de braves gens issus de la société civile et il chasse du temple tous les corrompus et corrupteurs qui depuis des décennies ont amené ce beau pays qu’est la France dans un cloaque. Une noble ambition que rien n’arrêtera et qu’il nourrit depuis son enfance. Nous brûlerons  un cierge ce soir à l’Eglise Saint-Sulpice pour qu’il triomphe des forces du Mal.

Après tout, nous aussi avons quelque chose de Macron en nous.

ARTHUR CRAVAN, LÉON TROTSKY ET LA RACAILLE POLITIQUE

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Arthur Cravan, fils naturel d’Oscar Wilde (tout au moins le croyait-il), boxeur et poète (il rimait à coups de poings), Lausannois de surcroît (donc dadaïste), avait traversé l’Atlantique en compagnie de Léon Trotsky. Il l’avait même trouvé sincère :

« D’ailleurs, disait-il, dans toute la racaille politique, il n’y a que lui qui soit sincère – le pauvre fou. Il aime sincèrement l’humanité. Il désire sincèrement rendre les autres heureux. Et il pense sincèrement qu’un jour il n’y aura plus de guerre. Il est comique et je le respecte. Mais lui aussi il essaie d’embobiner quelqu’un : lui même. C’est en pure perte que je lui ai dit que le résultat de sa révolution sera la création d’une armée rouge pour protéger la liberté rouge et que lui, parce qu’il est sincère, sera trahi par ses camarades. Le seul droit que les masses accepteront de l’idéaliste, c’est le droit de détruire. Mais il ne m’a pas cru davantage que je ne le crois. »

Arthur Cravan avait dormi sous les ponts qui font le charme de Lausanne. Il avait affronté Jack Johnson, champion du monde poids lourd, sur le ring. Il avait ridiculisé Gide qu’il traitait de cabotin et s’était lié avec Picabia et Duchamp. C’est dire qu’il ne s’en laissait pas conter. Trotsky sera assassiné comme prévu au Mexique. Et Arthur Cravan disparaîtra sans laisser de traces. Lors de ses conférences, il tirait avec son pistolet et annonçait son suicide. Avec lui au moins il n’y avait pas tromperie sur la marchandise.

 

 

Archives : lundi 8 janvier 1962 – La vérité sur Cuba ?

Une expérience dont nous ne savons rien

 

Il est vrai que la question de Berlin est actuellement au centre des préoc­cupations des « grands » de ce monde et qu’elle menace dangereusement la paix mondiale. Mais après les discours violents, après les plans successivement repoussés, après (peut-être) quelques modifications mineures apportées au fond du problème, on en reviendra à un arrangement tacite et non définitif, une mise en veilleuse plus ou moins concertée, un « modus vivendi » pacifique et acceptable. Du moins dans cette partie du monde…

Car ailleurs, une autre question pourra surgir. Nous en avons l’habitude. Après Berlin, c’est le Moyen-Orient ; après le Moyen-Orient, l’Extrême-Orient ; puis l ’Afrique ; puis Cuba ; et l’on recommence le cycle avec de temps à autre certaines périodes de tension sur un objet inattendu.

La paix du monde, en définitive, ne s’en porte pas plus mal, mais dans la guerre froide qui se joue, à travers l’échange des communiqués et mémoranda, par delà les coups de la propagande, il est parfois difficile de discerner les vrais problèmes, ceux qui devraient toucher l’humanité en tout premier lieu. C’est ainsi qu’à Cuba, une expérience est en cours. Elle devrait intéresser tous les pays d’Amérique, tous les pays sous-développés, tous les socialistes et peut-être même tous les communistes. Mais qu’en savons-nous ?

 

Un Canadien au service de «Che »Guevarra

Dans les salles de rédaction du monde entier, les agences de presse déversent des milliers de dépêches sur les différends politiques entre Cuba et les Etats-Unis ou sur les menaces d’in­ tervention de l’URSS et restent silen­cieuses sur les problèmes humains qui se posent à Cuba. L’opinion publique internationale en est forcément igno­rante, et c’est le paradoxe de notre siècle. Dans un monde qui s’est ré­tréci par l’ampleur et la rapidité du réseau de communications, il arrive que l’homme n’en connaisse pas plus qu’au siècle dernier sur ce qui se passe en dehors de sa cité, en dehors de son église.

Ainsi en est-il de la question cu­baine.

Le hasard nous a fait rencontrer George Schoeters. Il arrivait de Cuba et a d’emblée accepté de nous parler de la révolution cubaine et du fidélisme. Son témoignage est d’autant plus intéressant qu’il a travaillé deux ans à l’Institut national de la réforme agraire sous la direction du grand économiste (et spécialiste de la « planification») qu’est «Che» Guevarra.

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Premières constatations

Ce que George Schoeters remarque d’abord, c’est que sans planification l’Amérique latine est vouée au sous-développement perpétuel. En effet, en s’en remettant à l’anarchie du libé­ralisme économique, il ne faudrait pas moins de 287 ans pour que le Latino-Américain puisse atteindre le tiers du niveau de vie de l’Américain du Nord. Le monde — et en particulier l’Eu­rope — méconnaît ces nécessités.

Une confusion hostile

Il convient ici de rendre hommage à une minorité intellectuelle qui, aux États-Unis, a pris conscience de ce qu’était réellement la révolution cubaine. C’est Herbert Matthews du New-York Times qui, parlant un jour aux membres de l’Association des éditeurs de journaux américains, déclarait : « Je n’ai jamais vu une histoire aussi mal comprise que celle de Cuba. »

Dès le début du XXème siècle, Cuba était destiné, dans l’esprit des Américains, à devenir un jour un État de l’Union. Des théoriciens politiques avançaient que, comme en physique, une certaine gravitation attirait nécessairement un petit pays vers un grand tout proche. Pour les Américains du Nord, la situation était pour le moins commode. Car Cuba est, sur le plan géographique, une protection naturelle du canal de Panama, du golfe du Mexique et des débouchés du Texas sur l’Atlantique. Tenir l’île bien en mains, tout en laissant au gouvernement de La Havane l’illusion de l’indépendance était naturellement un succès pour le Département d’État de Washington. Cela devait se passer sans tapage inopportun, à l’abri de la doctrine de Monroe, et il fallait l’imprudence de James Quinn, qui écrivit en 1928 Notre Colonie, ouvrage destiné à dévoiler tout l’empire des États-Unis sur Cuba.

Les Américains s’en montraient satisfaits. S’il en était de même pour les Cubains ? Affaire à suivre. images

Dix bons points pour Donald Trump

1. C’est un aristocrate de la pègre : un bon point pour lui.

2. Il a encouragé sa fille à se convertir au judaïsme et défend becs et ongles Israël. : encore un bon point pour lui.

3. Il sait parler au populo : un troisième bon point.

4. Il n’a pas une attitude hostile à l’égard de Poutine : un quatrième bon point.

5. Il ne manifeste pas une sympathie excessive à l’endroit des musulmans : un cinquième bon point.

6. Clint Eastwood le soutient : un sixième bon point.

7. Il me rappelle Citizen Kane d’Orson Welles : un septième bon point.

8. Il privilégie les rapports bi-latéraux à la globalisation : un huitième bon point.

9. Il a mis KO les économistes distingués et même les prix Nobel d’économie : un neuvième bon point.

10. En rappelant qu’un pays sans frontière, n’est plus un État, il a désarçonné les gens bien, démocrates ou républicains, qui considèrent la planète comme leur terrain de jeu. Un dixième bon point.

 

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Par ailleurs, je trouve qu’Obama l’a reçu fort élégamment à la Maison Blanche, que Mrs Clinton et le Donald ont bien assuré le show électoral. Avec toutes les réserves d’usage. Pourquoi se priver de son plaisir, surtout quand on sait le poids des institutions et l’extrême lenteur de toutes les réformes ?

 

Un Kleenex pour Aude Lancelin !

“C’était une femme, maintenant ce n’est rien. Attachons un boulet à chacun de ses pieds, jetons-la dans la mer “, écrit Balzac à propos de la Duchesse de Langeais.

La vraie gauche contre les méchants

Avant d’être jetée dans la mer, Aude Lancelin, longtemps duchesse du Nouvel Obs et de Marianne, lance un cri  de détresse dans Le monde libre, s’estimant victime de la servitude des médias. Son crime ? Être demeurée fidèle à la gauche, la vraie, celle d’Alain Badiou et de Frédéric Lordon, alors que ses patrons glissaient insidieusement vers la droite et soutenaient  les pouvoirs d’argent, voire le gouvernement social-traître qui musèle la presse. Ses cibles ? Outre ses anciens employeurs, le diabolique Bernard-Henri Lévy, le nouveau Barrès Alain Finkielkraut et le méchant Pierre Nora. Elle n’a pas de mots assez durs pour ces traîtres, mâles blancs, juifs, diaboliques, les seuls qui ont l’honneur d’être cités nommément, charmante coïncidence. D’ailleurs Philippe Muray l’avait prévenue : ” Si vous vous en prenez à Bernard-Henri Lévy, on vous coupera l’électricité et, un jour, les éboueurs ne passeront plus dans votre rue. “.

Plaidoyer pro domo

Son plaidoyer pro domo, vite pesant, place le lecteur dans la position du voyeur incrédule devant tant d’ignominie, mais comme il a du cœur il sera prêt à voler au secours de cette chèvre de Monsieur Séguin qui paie sa liberté de pensée au prix fort et veut en découdre avec la fascisation rampante de la France. Elle aurait été plus convaincante si elle avait rédigé son libelle au temps où elle était crainte et courtisée. Il ne lui reste aujourd’hui plus qu’une arme, une arme que les femmes manient avec précision et cruauté : la vengeance. Ce pourrait être délicieux et convaincant. Mais passées les premières pages, tant de hargne finit par lasser. Une boîte de Kleenex aurait aussi bien fait l’affaire.

 

 

Le Monde libre, Aude Lancelin – Les liens qui libèrent.

 

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Entretien avec Ernest Federn, 2/2: Marxisme et psychanalyse

Marxisme et psychanalyse

 

RJ – Vous-même étiez marxiste et, sous le régime de Schuschnigg, avez fait de la prison…

EF – J’ai commencé à étudier le marxisme très tôt, à l’âge de treize ans. À douze ans, je militais déjà au parti social-démocrate où ma première fonction était d’encaisser les contributions des membres de l’organisation socialiste pour enfants. Dans l’illégalité, je fus responsable d’une circonscription des socialistes révolutionnaires et  placé deux fois en détention préventive pendant quatre et huit mois. On ne pouvait rien prouver car je n’avais jamais rien écrit qui aurait pu me compromettre. Mais dans le dossier de police, je fus décrit comme un dangereux leader potentiel. C’est pourquoi la Gestapo m’arrêta en mars 1938. Je ne fus maltraité que dans le camp de concentration.

 

RJ – Pouvez-vous nous raconter les circonstances dans lesquelles vous avez rencontré Bruno Bettelheim ?

EF – Je fis sa connaissance à Buchenwald, où je venais d’être transféré de Dachau, en septembre 1938 avec d’autres détenus juifs. Nous étions tous alignés, c’était une belle journée d’automne ensoleillée, et nous formions une chaine pour transporter des briques jusqu’à une construction. Nous devions « balancer » les briques, c’est-à-dire les lancer à un autre prisonnier qui se trouvait à environ un mètre et devait les rattraper. Mon voisin portait d’épaisses lunettes et faisait tomber toutes les briques. Cela m’énervait, je commençais à pester contre lui et enfin, je le traitai de « bon à rien ». Il rétorqua: « et toi, tu es bon à quoi ? Moi je suis Bettelheim. » « Et moi Federn. » « Es-tu de la famille de Paul Federn ? » « C’est mon père. » Là-dessus, grande réconciliation et nous sommes devenus amis. Je l’estime énormément en tant que psychothérapeute, malgré nos désaccords sur de nombreux points.

 

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RJ – Vous avez émigré aux États-Unis où vous avez longtemps vécu. Quel jugement portez-vous sur l’évolution de la psychanalyse américaine ?

Il s’est passé exactement ce que Freud avait prévu: elle a été étranglée par la psychiatrie. Freud a toujours insisté sur le fait que non seulement la psychanalyse n’appartient pas à la médecine, mais qu’en plus, il est difficile pour les médecins eux-mêmes de l’apprendre et de la comprendre.

 

RJ – Le problème des relations entre le marxisme et la psychanalyse n’a pas cessé de vous intéresser. Comment l’envisagez-vous aujourd’hui ?

EF – C’est le marxisme qui m’a conduit à la psychanalyse. Le chemin fut facile à parcourir. Marx peut certes expliquer l’infrastructure socio-économique, mais il ne dit pas comment celle-ci agit sur la superstructure idéologique. À ce sujet, j’ai commencé mes recherches déjà très tôt. Mon activité professionnelle est tout entière dédiée, justement, à étudier, à chercher à comprendre cette relation. Malheureusement, il est difficile de définir clairement  ce qu’est le marxisme, beaucoup plus difficile que d’expliquer ce qu’est la psychanalyse. Ce qui est sûr, pour moi, c’est que l’application politique du marxisme a complètement échoué. Et pourtant, on ne peut pas rejeter si facilement le marxisme en tant que méthode sociologique. De la même façon que la psychanalyse, le marxisme suscite des résistances émotives chez ceux dont il contredit les intérêts. Autre point commun: ce sont des sciences qui ne sont vivantes que dans la réalisation pratique. Sur le plan académique, elles se transforment en dogmatismes rigides. Mais peut-on vraiment mélanger la pratique et la théorie jusqu’au degré même exigé par le marxisme et la psychanalyse ? Dans le domaine de la théorie, je pense que ces deux sciences se rejoignent et peut-être se chevauchent-elles sur un certain nombre de points. Je crois, j’espère, que bientôt elles trouveront toutes deux leur place au sein d’une anthropologie commune.

Entretien avec Ernest Federn, 1/2 – L’optimisme désespéré de Freud

Entretien réalisé pour Le Monde, en août 1980

 

 

Fils d’un célèbre psychanalyste, Ernest Federn (Vienne, 1914 – 2007) étudie le droit et l’histoire à l’université de Vienne en même temps qu’il milite au sein du parti socialiste. Emprisonné à Dachau et à Buchenwald pour son opposition au régime, il est libéré en 1945. Commence alors sa carrière de psychanalyste formé aux États-Unis par un ami de son père, Herman Nunberg. En 1972 il retourne en Autriche pour collaborer à la réforme du droit pénal et travailler en tant que psychothérapeuthe dans les prisons. Il a publié de nombreux articles sur l’histoire de la psychanalyse et les rapports entre le marxisme et les découvertes de Freud.

 

L’optimisme désespéré de Freud

 

RJ – Votre père fut l’un des premiers à traiter des schizophrènes. Pouvez-vous nous parler de lui ? Des relations qu’il entretenait avec Freud ? Du rôle qu’il joua au sein de la société psychanalytique de Vienne ?

 

EF – Mon père est né à Vienne en 1871. Mon grand-père, Salomon, était l’un des trois premiers médecins juifs libres de pratiquer la médecine après la libéralisation de la monarchie. Il s’opposa à ce que son fils Paul fréquente le Cercle du mercredi de Freud, car il jugeait que cela ne serait pas favorable à sa carrière…

Paul Federn fut le cinquième membre à faire partie du Cercle du mercredi. En 1908 il devint le trésorier de la toute nouvelle société psychanalytique de Vienne et occupa cette fonction jusqu’en 1924. Freud, souffrant d’un cancer, se déchargea alors sur lui de toutes ses obligations professionnelles.

Mon père eut toujours à coeur que des non-médecins puissent recevoir une formation psychanalytique complète et devenir membres de l’Association internationale de psychanalyse. Il se démena beaucoup à cette fin. En 1919 il écrivit la première étude sur l’application de la psychanalyse à l’histoire et à la société: La Société sans père, contribution à la psychologie de la révolution.

 

RJ – Quelle était l’ambiance sociale et culturelle à Vienne au début de ce siècle ? Freud ne cesse de critiquer ses contemporains et de maudire cette ville qui l’ignorait. Avait-il raison de dire que Vienne était la capitale de l’hypocrisie ?

 

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EF – Le grand psychanalyste Robert Walden disait une fois que l’hypocrisie existe dans tous les pays, mais qu’aux États-Unis seulement on l’écrit avec une majuscule. Accuser Vienne d’une quelconque hypocrisie est injustifié. L’ironie avec laquelle se jugent les Viennois ainsi que leur résignation face à la vie sont autant de qualités qui le prouvent.

Ce qui frappe, chez Freud, c’est sans doute son intégrité inflexible et son refus de tout compromis. Sa maxime, « la morale va de soi », ne lui facilitait certainement pas l’adaptation à la vie des Viennois. Il était, cependant, par-là même, plus Viennois que son biographe Ernest Jones n’a pu le croire. Avec lui, on a vraiment l’impression que Freud a détesté Vienne, ce qui est absurde ! Jones ne comprenait rien à l’atmosphère de Vienne, mais il croyait la connaitre parce qu’il avait épousé une Viennoise. À ce sujet, sa biographie se méprend totalement sur Freud. Si ce dernier se plaignait de ses collègues et des conditions de vie des Viennois, ce n’étaient que des « grogneries », typiquement viennoises.

Quant à l’ambiance culturelle et intellectuelle à Vienne, il faudrait en parler pendant des heures. Disons simplement que c’était l’époque d’un incroyable épanouissement scientifique et artistique. Cependant, comme les Athéniens de l’époque de Périclès, les Viennois ne savaient pas que cette apothéose annonçait 1914.

 

RJ – Toujours à propos de Freud: comment expliquez-vous qu’il ait été si peu perspicace en matière historique ? Il n’a pas prévu la désintégration de la monarchie des Habsbourg, il s’est désintéressé du mouvement ouvrier et n’a pas mesuré l’étendue de la mouvance nazie…

 

EF – Cette question ne demande pas vraiment d’explication. Freud ne s’intéressa que lorsqu’il était lycéen aux problèmes politiques et historiques. Dès qu’il se consacra aux sciences, cet intérêt s’évanouit. Son hobby était l’archéologie et il lisait des oeuvres littéraires, où aurait-il trouvé le temps de faire de la politique ?

Nous savons qu’il était très favorable à des réformes sociales, bien que politiquement très libéral. Il avait beaucoup d’amis parmi les socialistes, il lui arriva même de signer un manifeste électoral en faveur des sociaux-démocrates.

Comme tous les autres habitants du pays, il croyait à un dénouement favorable. Freud, en 1937, avait quatre-vingt-un ans, il était déjà très malade, pressentait tellement sa mort prochaine qu’il préférait espérer instinctivement qu’analyser avec précision une situation politique qui, de toutes manières, de l’intéressait pas.