ROBERT LINHART ET JACQUES-ALAIN MILLER AU BAR DES ALPES

J’aime bien cette idée de Jean-Claude Carrière : l’utopie s’est clochardisée. « Forget 68« , dirait Cohn-Bendit. Parfois, pourtant, un guitariste au coin d’une rue conserve dans son regard, dans sa voix, dans ses ongles noirs une parcelle des rêves perdus d’une génération. Il tend la main, mais rares sont ceux qui s’arrêtent et plus rares encore ceux qui donnent. Pourquoi donneraient-ils d’ailleurs, persuadés qu’ils sont qu’on ne les reprendra plus la main dans le sac aux utopies. Déjà qu’ils ne supportent pas ces ces vagues de migrants qui déferlent sur une Europe en miettes, ni ces Roms qui jouent aux miséreux en les narguant et en leur piquant leurs Smartphones… Non, Mai 68 les a vaccinés : chacun sait maintenant qu’un hasard médiocre commande nos vies et que courir après des utopies porte la poisse. Après tout, la médiocrité assumée est moins assommante que le pathos du génie méconnu. Et avec le Grand Remplacement qui se profile à l’horizon, soyons sur nos gardes. Un seul mot d’ordre : méfiance.

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Mai 68 – Gilles Caron

Mai 68 nous a guéris de la croyance aux miracles : certains se sont retranchés dans la folie comme mon ami Robert Linhart auquel sa fille, Virginie, a consacré un livre touchant  (elle note au passage que ceux qui ont choisi Lacan comme Jacques-Alain Miller s’en sont mieux sortis que ceux qui ont choisi Althusser). D’autres ont opté pour un cynisme désabusé comme Raphaël Sorin. Enfin il y a ceux, comme François Bott – et tant d’autres – qui n’en finissent pas de rêver qu’ils ont fait l’amour avec l’Histoire -quitte à être cocus.

Personnellement, je n’ai vu en 68 qu’une aimable et folklorique surprise-partie, sans commune mesure avec ce qu’avait été la Guerre d’Algérie. Et je songe parfois à Marcel Jouhandeau apostrophant les étudiants à la Sorbonne par ces mots : « Demain, vous serez tous des notaires ! » Ils le sont devenus et ont donné à leurs petits-fils les livres publiés par les éditions Maspero. Ces derniers se sont empressés de les mettre à la poubelle. Oui, le sac aux utopies est dans un sale état et il faut beaucoup de mauvaise foi pour imaginer que la libération sexuelle s’y trouvait. La génération « Salut les copains » avait déjà fait le boulot. Et Brigitte Bardot avait quelques longueurs d’avance.

Je me souviens encore des nuits passées avec Robert Linhart et Jacques-Alain Miller à débattre, pendant que tourne un vieux magnétophone, de politique internationale en vue de nous préparer à nos succès futurs. Nous avions à peine vingt ans alors. Et je n’étais pas peu fier d’avoir publié le premier article de Robert dans Le Peuple : il traitait de la guerre du Vietnam à travers le livre de Jules Roy sur Dien Bien Phu. Nous dansions aussi la bamba au Bar des Alpes, à Verbier. Et Robert se livrait à des exercices de misogynie des plus jouissifs : il demandait à des pécores si elles étaient capables de faire un syllogisme. Le résultat était toujours navrant. Mais ce qui me semblait encore plus navrant, c’est lorsqu’ une bande de normaliens, toujours à Verbier, station chic par excellence, se retirait dans un chalet comme une bande de comploteurs pour écouter avec ferveur Radio Tirana et applaudir aux analyses politique d’Enver Hodja.

S’il y a un miracle, c’est celui de la transformation de la vie en passé. Tout ce qui a été et qui ne sera plus. Et qui occupe de plus en plus de place dans nos mémoires en reléguant les faits au magasin des accessoires au profit d’une mythologie plus flatteuse. C’est sans doute ce qui me pousse à lire La Conférence de Nîmes de Jacques-Alain Miller. Je suis bluffé par son agilité intellectuelle tout comme je l’étais il y a un demi-siècle. Avec le sentiment d’avoir pour ma part épuisé mon capital de créativité, alors que lui… Et Robert, prisonnier de son mutisme, qu’en pense-t-il ? Je le tenais pour un génie. Quel mauvais démon l’a poussé chez Renault pour devenir, selon son expression , « un homme-chaîne » ? J’ose espérer que ce n’est quand même pas Radio Tirana !

 

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Gilles Caron

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COMMENT LES HOMMES OSENT- ILS ?

Récriminations féminines 

 

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La parole des femmes s’est-elle suffisamment libérée ? L’arsenal juridique mis en place pour les défendre contre le harcèlement  est-il  adapté à des situations beaucoup plus retorses qu’il n’y paraît et qui profitent encore largement aux hommes ? Il faut y remédier au plus vite dans un souci de justice et d’égalité dont nous sommes encore à des années-lumières.  Trop d’exemples me viennent à l’esprit pour que je les énumère tous. Je me bornerai à en citer trois.

Le premier concerne l’homme qui incite, souvent insidieusement, sa compagne à consulter un psychiatre ou un psychanalyste, l’amenant ainsi à douter  de son intégrité psychique. Une stratégie  habile pour asseoir son pouvoir sur elle, voire pour s’en débarrasser, car chacun sait que les psys ne lâchent pas souvent leur proie, certains prétendant même que toute forme de sexualité est harcelante et ne se gênant pas pour mettre des théories fumeuses au profit de leur libido. L’époux ou l’amant qui use de moyens aussi perfides pour assujettir un être d’une sensibilité si délicate ne mériterait-il  pas d’être lui aussi poursuivi par la justice ?

Deuxième exemple. Toutes les femmes savent d’expérience qu’elles ont été soumises à un chantage odieux du genre :  si tu ne veux pas te donner à moi c’est parce que je suis noir, arabe, juif, infirme ou déclassé socialement, leur a laissé entendre le vil séducteur. Jouant sur une corde sensible, celle de la culpabilité, elles se sont parfois laissées  entraîner dans des relations tortueuses où la prétendue victime devenait leur bourreau. Avec l’afflux de migrants, il serait temps d’aborder ce sujet tabou et d’envisager un délit de mendicité sexuelle.

Troisième exemple. Les adolescentes par manque d’expérience, malice ou curiosité malsaine, sont des proies faciles pour des prédateurs qui ont l’âge de leur père. Certes, les pédophiles sont à juste titre punis, mais qu’en est- il des vieux beaux qui attendent, tels des vampires assoiffés de sang, que leurs  futures victimes aient atteint la majorité sexuelle ? Certes, il peut y avoir une attirance réciproque, mais le rapport de force est toujours du côté de l’homme. Et c’est bien cela qui est intolérable. Là aussi la justice devrait pouvoir intervenir. Que dis-je  ? Elle le doit. J’ai vu trop de destins brisés de jouvencelles naïves et passionnées pour ne pas m’indigner. D’autant que sur le thème Blanches colombes et vilains messieurs, le cinéma n’a cessé de faire une propagande éhontée pour des rapports entre de pures jeunes filles et de vieux baroudeurs. Peut-on laisser les choses en l’état quand, comme le Président Macron, on met la cause des femmes au centre de nos préoccupations ? Qu’un vieux porc comme Donald Trump dirige les États-Unis en dit long  sur les combats que nous avons à mener.

Ne tardons pas  !

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LANZMANN, LACAN, LIFTON …

À L’Écume des Pages, librairie qui jouxte le café de Flore, je rencontre Claude Lanzmann. Je saisis l’occasion pour lui demander s’il avait lu en son temps l’ouvrage, à mes yeux décisif, de Robert Jay Lifton, sur les médecins nazis. Il me répond : « Non. Je n’avais pas le temps de tout lire. »

Lacan, lui, avait rencontré Lifton en 1975 et lui avait d’emblée dit : « Je suis liftonien« . Il connaissait les travaux de ce psychiatre américain sur les meurtres de masse et l’enquête qu’il avait menée sur ceux qui en furent à la fois la caution et les exécutants, à savoir les médecins allemands.

Leur rôle dans les camps ne se bornait pas à des expérimentations sur les détenus utilisés comme cobayes. Non, c’était à eux qu’il revenait de procéder, le long des quais, lors de l’arrivée des Juifs, à la sélection, triant ceux qu’ils enverraient directement vers les chambres à gaz.

« Comment ces médecins sont-ils devenus des meurtriers ?« , s’est demandé Robert Jay Lifton. Et, sous couvert d’une recherche en psychopathologie, patronnée par l’Institut Max Plank, il a rencontré ses collègues allemands et les a fait parler, passant au minimum quatre heures avec eux et, parfois, plusieurs journées.

Le meurtre médicalisé dans les camps fut une aubaine pour les dirigeants nazis : il permit de remédier aux graves problèmes psychologiques dont étaient victimes les soldats des Einsaztgruppen qui, jusque là, et notamment en Europe de l’Est, tiraient sur les Juifs à bout portant. Beaucoup se suicidaient ou devenaient fous. À l’automne 1941, un des principaux généraux des Einsatzgruppen, Erich von dem Bach-Zelewski, sidéra Himmler en lui déclarant après qu’ils eurent assisté à l’exécution d’une centaine de Juifs : « Regardez les yeux des hommes de ce commando ! Ils sont foutus pour le reste de leur vie. Quel genre de disciples sommes-nous en train de former ? Des névrosés ou des sauvages ! »

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Dès lors, c’est aux médecins – pas nécessairement nazis ou antisémites – que fut confiée la tâche d’exterminer – au nom de la santé du peuple allemand – les appendices gangréneux  de « la seule race vraiment créatrice de culture », comme disait Hitler. Le meurtre de masse devint un impératif catégorique.

On oublie trop facilement que l’État nazi était une « biocratie » ayant pour fin la purification et le salut de la race aryenne. Les généticiens, les anthropologues et les théoriciens du racisme en furent les grands prêtres et les médecins les exécutants.

« Nous pouvons dire, écrit Lifton, que le médecin qui attendait sur le quai était une espèce de point oméga, un portier mythique entre le monde des morts et celui des vivants, une synthèse finale de la vision nazie de la thérapie à travers le meurtre collectif. » Ce que corrobore cette remarque d’un rescapé : « Auschwitz ressemblait à une opération médicale : le programme d’extermination était dirigé du début jusqu’à la fin par des médecins. »
En 1986, j’ai eu le privilège d’éditer le livre d’un psychanalyste américain, Stuart Schneiderman, qui relate la rencontre entre Robert Jay Lifton et Jacques Lacan. Sur un mode plus comique, il parle également de la soirée que passèrent ensemble Lacan et Roman Polanski dans un grand restaurant parisien. On comprend mieux, après l’avoir lu, la fâcheuse réputation qu’avait Lacan d’être terriblement grossier en public. Le livre de Schneiderman s’intitule Jacques Lacan, maître Zen ? Il est introuvable, tout comme celui de Robert Jay Lifton. Si cette chronique permettait à deux ou trois vrais lecteurs d’en prendre connaissance, elle n’aurait pas été vaine.

Un dernier point assez troublant et souvent passé sous silence : la très forte hostilité des Français vis-à-vis de l’armée américaine qui les avait libérés de l’Occupation nazie. Stuart Schneiderman qui a vécu en France et a été analysé par Lacan, a tenté de comprendre ce changement d’attitude. Il note également que Lacan, en s’opposant à la psychanalyse américaine, collait parfaitement à la ligne politique française de l’époque.

 

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BIKINI CONTRE BURKINI …

Les filles vont-elles encore dans les piscines pour s’exhiber et les garçons pour être éblouis par leur beauté ? De moins en moins. L’ambiance frivole et érotique qui y régnait s’est dissipée comme par désenchantement. Le Sida dans les années 80, Internet et islamisme par la suite ont mis un terme à la parenthèse magique des années soixante où d’adorables nymphes bronzaient en lisant Les Cahiers du Cinéma et où il était possible de les aborder en leur demandant ce qu’elles pensaient de Lord Henry dans Le portrait de Dorian Gray. Elles veillaient à ne pas passer inaperçues, ni incultes.

Burkinisation des esprits

Nous assistons aujourd’hui à une burkinisation des esprits pire encore que celle des corps. Ne pas se faire remarquer, telle semble être la règle. Aussi bien en politique que sur les plages. La liberté est encore là, mais on s’en détourne, comme si chacun aspirait à un univers réglementé – et les règlements s’affichent de plus en plus insolemment à l’entrée des piscines – voire à un goulag mou. Le bikini, symbole de liberté pour les femmes, devient presque indécent. Et la drague si commune autrefois sur les plages s’apparente à du harcèlement sexuel. Les hommes veillent à ne pas apparaître comme des prédateurs et les femmes comme des proies faciles. Mieux vaut se dissimuler sur un réseau social spécialisé dans les rencontres ou se laisser aller dans des beuveries.

Princesses saoudiennes en bikini

Je me souviens de princesses saoudiennes en bikini à Ryad et d’étudiantes en mini-jupe à Téhéran : l’idée de porter un burkini ne leur aurait pas traversé l’esprit. L’islam n’est pas seul en cause dans cette course à l’esclavage. Ce qui s’est produit à l’aube du XXI siècle, personne n’est en mesure d’en décerner les causes. Mais les piscines et  les plages sont des lieux idéaux pour observer ces mutations. La liberté absolue qui y régnait et qui en faisait tout l’attrait ont laissé place à une anesthésie générale. Le regard lui-même est devenu chaste : admirer la perfection du corps d’un adolescent ou d’une adolescente crée un malaise. Le narcissisme régresse : le boudin n’a plus honte d’être un boudin. Le raffinement érotique appartient à une ère révolue.

La piscine Deligny ne reviendra plus

Le burkini ne signifie pas seulement que l’islamisation gagne du terrain, mais que la grâce féminine s’estompe. Le même phénomène s’observe au cinéma. Il semble irréversible. Il y a certes encore des exceptions et des combats d’arrière-garde. Mais l’époque où des jeunes filles graciles plongeaient nues dans la piscine Deligny, ne reviendra plus. D’ailleurs, elle aussi a coulé dans la Seine à la fin du vingtième siècle, emportant avec elle beaucoup du glamour parisien et un peu du souffle libertaire qui nous animait.

 

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Soumission et dépression

Ne nous reste plus maintenant qu’à nous comporter en enfants sages, en adultes précautionneux et à feindre une joie factice. Le prix à payer sera soit l’asservissement à une religion qui nous est étrangère et ne veut pas nécessairement notre bien, soit une dépression généralisée. Et plus vraisemblablement encore les deux ensemble !

MIKE TYSON, LE GÉNIE DU MAL ?

Mike Tyson, l’ancien champion du monde des poids lourds -50 victoires sur 58 combats, dont 44 par KO -, le cocaïnomane et l’alcoolique, la brute condamnée pour viol, mais aussi le soutien inconditionnel de Donald Trump, comment en est-il arrivé là ?

Et d’abord que lui reprochait on ? De frapper sa femme, l’actrice Robin Givens,  certes. Banal dans le milieu de la boxe. D’en harceler d’autres ? Encore plus banal ? Les trois cents millions de dollars acquis à coups de poing ? Pas vraiment. Non, ce qu’on ne lui pardonnait pas, c’était son cynisme : on ne se moque pas impunément des vieux boxeurs noirs qui consacrent leurs dernières forces à lutter contre la délinquance juvénile ou l’apartheid. Il incarnait une forme de génie du mal, promenant ostensiblement son dégoût de tout, aussi bien de la boxe, que des autres et de lui-même.

Ce qu’on lui pardonnait encore moins, c’est d’avoir violé une jeune Noire – ce qu’il a toujours nié – candidate à un concours de beauté dont il présidait le jury, viol qui lui vaudra six ans dans un pénitencier. Sans oublier ce combat mythique au cours duquel il a arraché avec ses dents l’oreille de son adversaire Evander Holyfield.

Personne n’a compris que ce bad boy,  » Kid Dynamite « , comme le surnommait son mentor et père adoptif Cus d’Amato, converti à l’islam en prison, ait pris le parti de Donald Trump contre Madame Clinton. C’est oublier que Trump a toujours défendu et soutenu financièrement Mike Tyson, y compris lors de son procès pour viol, sans doute truqué. Car comment imaginer qu’une donzelle n’ignorant rien de la brutalité de Tyson – six plaintes avaient déjà été déposées contre lui pour harcèlement sexuel – l’ait suivi en toute naïveté dans la chambre 606 de l’hôtel Canterburry à Indianapolis. Ce qu’il a expié pendant des années dans le pénitencier d’Indianapolis, c’est moins un viol douteux que l’image terrifiante qu’on projetait sur lui.

Et maintenant, après avoir passé le cap de la cinquantaine, Mike Tyson reconnaît que sa vie a été un énorme gâchis. Il veut tourner la page de son passé, y compris celle de la boxe :  » Les gens respectent le combattant, ce que j’ai accompli sur le ring. Mais moi j’aimerais que ce gars-là soit mort, qu’il n’ait jamais existé. «  Paradoxalement, il estime avoir été victime de sa sensibilité. Il a raconté sa vie dans deux livres, La vérité et rien d’autre et Iron Ambition  : My Life with Cus d’Amato (juin 2017). Il évoque, plus de trente après sa mort, Cus d’Amato celui qui l’a découvert et élevé quand il n’avait que treize ans. Mais Cus mourra d’une pneumonie quelques mois après les débuts fulgurants de  » Kid Dynamite « .

Il parle également de sa colombophilie. « Avant Gus, ce sont les pigeons qui m’ont sauvé la vie. Un type, raconte-t-il, a volé un de mes oiseaux et quand je lui ai demandé de me le rendre, il l’a sorti de son manteau, lui a tordu le cou et a frotté son sang sur moi, laissant une tache indélébile dans l’âme de l’enfant. Elle ne sera pas la seule, mais aucune ne laissera une trace aussi profonde, même pas ses tentatives de suicide ou un viol  subi dans son enfance. Une colombe peut-elle décider du destin d’un homme ? Mike Tyson se pose encore la question – insoluble bien sûr.

SANS FILTRE … CE LUNDI 26 JUIN …

Ce que je pense de Michel Onfray ?

 

 

Éric de Bellefroid me demande au débotté  ce que je pense de Michel Onfray. Je lui réponds illico ceci :

1. Un puritain qui prône l’hédonisme.
2. Un graphomane qui a trop de choses à dire pour les penser vraiment.
3. Un pamphlétaire un peu trop ressentimenteux à mon goût.
4. Un homme de gauche qui vire à droite sans trop savoir pourquoi.
5. Un anti-freudien totalement à côté de la plaque.
6. Un bourreau de travail qui croit en ce qu’il fait… comme c’est étrange !
7. Un homme assez simple, en définitive, qui rame pour échapper à ses origines et qui est parvenu à occuper une place que plus personne ne revendique : celle de Grand Penseur Officiel. Tout à la fois rebelle et rassurant. Sous un certain angle : le BHL du pauvre.

Quelques minutes plus tard, Éric de Bellefroid me remercie pour ces quelques lignes si proches de ce qu’il pense.

J’aurais sans doute été plus indulgent si j’avais lu l’entretien que Michel Onfray a donné récemment à Philosophie Magazine et qui doit faire frémir d’horreur son fan club. Il donne raison à Samuel P. Huntington et admet qu’il y a bien un conflit de civilisation  entre l’Occident décadent et l’Islam planétaire en pleine forme. Il avoue qu’il avait autrefois quelque peine à choisir entre le Coran de Ben Laden et la Bible de George W. Bush.

Aveu désarmant de naïveté certes, mais qui me ravit. Il progresse ce jeune homme…

 

 

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Le S.O.S. DE LEONID ANDREÏEV

Le bolchévisme un siècle après…

Ayn Rand a vingt ans lorsqu’elle décide de fuir, seule et sans un sou, mais avec Nietzsche dans sa besace, Saint-Pétersbourg. Elle a vite pigé quelle duperie est le communisme et quel chape de plomb s’abat sur la Russie. Exilée aux États-Unis, elle sera engagée à Hollywood par Cecil B. De Mille.

Léonid Andreïev, pourtant adoubé par Maxime Gorki et écrivain d’une lucidité exceptionnelle, connaîtra un sort plus tragique : il se suicidera en 1919 après avoir dressé un réquisitoire implacable contre Lénine et Trotsky et envoyé, comme une bouteille à la mer, un S.O.S. aux Américains. On ne sera guère surpris qu’il ait fallu cent ans pour que ces textes prémonitoires soient enfin traduits – et admirablement par Sophie Benech – en français. Ne nous faisons pas d’illusions : ils passeront inaperçus tant l’idéal communiste reste ancré dans l’âme française.

« Si vous saviez, écrit Andreïev, combien est noire la nuit qui plane sur nous. Il n’y a pas de mots pour décrire ces ténèbres. À la fois serviteur déloyal et chef corrompu, le bolchevisme a été dès sa venue au monde l’image même de la duplicité et du mensonge, de la tromperie et de la traîtrise. »

Personne, en Occident, n’a prêté la moindre attention à cet appel au secours de Léonid Andreïev . Il est vrai que la Révolution est un si beau mot que même ceux qui la dénaturent bénéficient de toutes les indulgences. L’Histoire se répète avec une désarmante naïveté. Et il semblerait que chaque fois les premiers à tomber dans le piège soient les intellectuels ou prétendus tels. La lecture de Léonid Andreïev les décillera-t-elle ? Rien n’est moins sûr.

Léonid Andreïev : S.O.S.  Traduit du russe par Sophie Benech. Éd. Interférences. 80 pages. 13 Euros.