HARVEY WEINSTEIN, PIG OU PARIA ?

Dans les années soixante, j’avais sympathisé avec Claude Chabrol  – je faisais alors de la critique de cinéma et j’avais été subjugué par deux de ses films : Les bonnes femmes et À double tour. Il m’avait invité à déjeuner chez lui, un appartement cossu du seizième. Il vivait encore avec Stéphane Audran. L’ambiance était joyeuse et, avant que je m’éclipse, Chabrol m’avait entraîné dans son bureau.

En rigolant, il m’avait dit : « Le cinéma les rend folles : regardez ! »

Il avait ouvert un tiroir rempli de photos de créatures plus ou moins dénudées , avec leur nom et leur numéro de téléphone. « Servez-vous !« , avait-il ajouté en me donnant une tape dans le dos. Je lui avais alors raconté que Louise Brooks, l’idole de mes vingt ans, avait écrit dans Lulu in Hollywood que toutes les filles qui veulent faire du cinéma sont soit des folles, soit des putes. Et le plus souvent les deux ensemble. Je n’en avais jamais douté.

Plus récemment, j’étais en consultation chez mon cardiologue – un demi-siècle s’était écoulé – lorsque le téléphone a sonné. Le docteur B. a répondu et entamé une conversation qui m’a paru bien longue. Un peu gêné, après avoir raccroché, il m’a confié :  » C’est un ami qui hésite à se faire opérer de la prostate. » « Pourquoi ? « , ai-je demandé. Il m’a répondu en ricanant : « Parce qu’il est producteur de cinéma et qu’il est persuadé que s’il ne peut plus baiser ses actrices, il ne sera plus rien dans le monde du cinéma. »

Et maintenant après David Hamilton, voici le pig Weinstein, le magnat d’Hollywood, désigné à la vindicte populaire. Pas une actrice ou presque qui ne prétende avoir été harcelée ou violée par lui. Bientôt, ce sera un déshonneur de n’avoir pas été une victime de Harvey Weinstein. Chacun connaissait pourtant ses manières un peu rustres, son penchant pour les partouzes, la cocaïne et les filles faciles. Les soirées qu’il donnait sur son yacht amarré à Cannes pendant le Festival n’étaient boudées par personne. Sa réputation le précédait : il était le seigneur des pigs, celui qui affolait les nymphettes en celluloïd et qui s’octroyait un droit de cuissage depuis plus de vingt ans. Le voici devenu en quelques jours, comme D.S.K., le paria, l’homme qu’il faut haïr, l’homme qui, outre leur virginité, a dépouillé les femmes de leur dignité. Seul Oliver Stone l’a défendu. Il est vrai qu’ il s’est montré affable avec Poutine. Méfions-nous !

 

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Quant à Barack Obama et à Madame Clinton, ils n’ont jamais refusé les dons colossaux du pig Weinstein pour leurs campagnes électorales. Harvey Weinstein a été reçu treize fois à la Maison Blanche par Obama, sa femme, Michelle le considérait comme un ami et le plus délicieux des hommes, au point d’envoyer sa fille faire un stage à la Weinstein Company. Obama a écrit quelque part : « Tout homme qui se comporte de manière dégradante avec les femmes  doit être condamné et rendu responsable de ses actes, quels que soient sa richesse ou son statut ». Hypocrisie ou déni de la réalité ?

 

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L’Internationale des Désenchantés …

Je me sens proche de Thomas Bernhard : il appartient, lui aussi, à L’Internationale des Désenchantés. Il incarne la figure la plus aboutie du dénigreur et, en même temps, il n’est jamais dupe de ses sarcasmes. En pensant à lui, je me demandais si tout grand écrivain ne finit pas toujours dans la peau d’un humoriste. L’heure arrive inéluctablement où nous ne sommes plus capables de prendre nos balbutiements au sérieux, où nos voluptés, nos élans, nos passions, nos convictions nous semblent grotesques et où le grotesque nous semble plaisant.

Voyez-vous, dirait Thomas Bernard, rien ne résiste à un examen quelque peu attentif : ni la dignité à laquelle nous sacrifions nos plaisirs, ni nos plaisirs auxquels nous sacrifions notre dignité. Seule une bienveillante ironie universelle serait de mise, mais Dieu que nous peinons pour y parvenir ! Un rien nous agace et l’impassibilité est réservée aux cadavres. Cette rigidité cadavérique, dirait encore Thomas Bernhard, atteint notre vie spirituelle  – expression d’une sottise réjouissante – bien avant notre mort. Nous ne sommes, pour faire bref, que de pauvres automates irresponsables répétant des âneries et des professions de foi inscrites dans nos neurones durant notre enfance, susceptibles de se métamorphoser pendant notre jeunesse et dépérissant ensuite à une allure folle.

 

 

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Nous commençons notre vie avec Freud et nous l’achevons avec Pavlov. D’ où le caractère stéréotypé de tout ce que nous entreprenons, de tout ce que nous percevons. Celui qui fait éclater ces stéréotypes, nous le nommons génie. Celui qui ne les supporte pas, nous l’enfermons. Celui qui rêve de les transformer, nous l’appelons révolutionnaire. Mais nous savons bien que le génie, le fou, le criminel ou le révolutionnaire sont encore des clichés, légèrement plus originaux et plus indigestes que le commun, mais tout aussi indispensables à la bonne marche de l’humanité. Cette course au néant, à quoi rime-t-elle ? Est-il vraiment insensé de vouloir s’en distraire ? Faut- il vraiment se réjouir d’avoir à endosser le brassard encore maculé de sang arraché à un coureur de fond épuisé ?

LANZMANN, LACAN, LIFTON …

À L’Écume des Pages, librairie qui jouxte le café de Flore, je rencontre Claude Lanzmann. Je saisis l’occasion pour lui demander s’il avait lu en son temps l’ouvrage, à mes yeux décisif, de Robert Jay Lifton, sur les médecins nazis. Il me répond : « Non. Je n’avais pas le temps de tout lire. »

Lacan, lui, avait rencontré Lifton en 1975 et lui avait d’emblée dit : « Je suis liftonien« . Il connaissait les travaux de ce psychiatre américain sur les meurtres de masse et l’enquête qu’il avait menée sur ceux qui en furent à la fois la caution et les exécutants, à savoir les médecins allemands.

Leur rôle dans les camps ne se bornait pas à des expérimentations sur les détenus utilisés comme cobayes. Non, c’était à eux qu’il revenait de procéder, le long des quais, lors de l’arrivée des Juifs, à la sélection, triant ceux qu’ils enverraient directement vers les chambres à gaz.

« Comment ces médecins sont-ils devenus des meurtriers ?« , s’est demandé Robert Jay Lifton. Et, sous couvert d’une recherche en psychopathologie, patronnée par l’Institut Max Plank, il a rencontré ses collègues allemands et les a fait parler, passant au minimum quatre heures avec eux et, parfois, plusieurs journées.

Le meurtre médicalisé dans les camps fut une aubaine pour les dirigeants nazis : il permit de remédier aux graves problèmes psychologiques dont étaient victimes les soldats des Einsaztgruppen qui, jusque là, et notamment en Europe de l’Est, tiraient sur les Juifs à bout portant. Beaucoup se suicidaient ou devenaient fous. À l’automne 1941, un des principaux généraux des Einsatzgruppen, Erich von dem Bach-Zelewski, sidéra Himmler en lui déclarant après qu’ils eurent assisté à l’exécution d’une centaine de Juifs : « Regardez les yeux des hommes de ce commando ! Ils sont foutus pour le reste de leur vie. Quel genre de disciples sommes-nous en train de former ? Des névrosés ou des sauvages ! »

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Dès lors, c’est aux médecins – pas nécessairement nazis ou antisémites – que fut confiée la tâche d’exterminer – au nom de la santé du peuple allemand – les appendices gangréneux  de « la seule race vraiment créatrice de culture », comme disait Hitler. Le meurtre de masse devint un impératif catégorique.

On oublie trop facilement que l’État nazi était une « biocratie » ayant pour fin la purification et le salut de la race aryenne. Les généticiens, les anthropologues et les théoriciens du racisme en furent les grands prêtres et les médecins les exécutants.

« Nous pouvons dire, écrit Lifton, que le médecin qui attendait sur le quai était une espèce de point oméga, un portier mythique entre le monde des morts et celui des vivants, une synthèse finale de la vision nazie de la thérapie à travers le meurtre collectif. » Ce que corrobore cette remarque d’un rescapé : « Auschwitz ressemblait à une opération médicale : le programme d’extermination était dirigé du début jusqu’à la fin par des médecins. »
En 1986, j’ai eu le privilège d’éditer le livre d’un psychanalyste américain, Stuart Schneiderman, qui relate la rencontre entre Robert Jay Lifton et Jacques Lacan. Sur un mode plus comique, il parle également de la soirée que passèrent ensemble Lacan et Roman Polanski dans un grand restaurant parisien. On comprend mieux, après l’avoir lu, la fâcheuse réputation qu’avait Lacan d’être terriblement grossier en public. Le livre de Schneiderman s’intitule Jacques Lacan, maître Zen ? Il est introuvable, tout comme celui de Robert Jay Lifton. Si cette chronique permettait à deux ou trois vrais lecteurs d’en prendre connaissance, elle n’aurait pas été vaine.

Un dernier point assez troublant et souvent passé sous silence : la très forte hostilité des Français vis-à-vis de l’armée américaine qui les avait libérés de l’Occupation nazie. Stuart Schneiderman qui a vécu en France et a été analysé par Lacan, a tenté de comprendre ce changement d’attitude. Il note également que Lacan, en s’opposant à la psychanalyse américaine, collait parfaitement à la ligne politique française de l’époque.

 

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AMIEL ÉTAIT-IL JUIF ?..

Un lecteur attentif d’Henri-Frédéric Amiel connaissant l’intérêt que je porte à cet immense écrivain, me dit qu’une chose le tracasse avec Amiel : son nom de famille. Amiel est un nom typiquement juif séfarade, un nom qui  ne permet pas de cacher ses origines.

Or, ajoute-t-il, dans toutes les biographies d’Amiel on lit que ses parents étaient des commerçants aisés, établis dans la ville depuis des générations. Il suggère que cette famille venait de Carpentras ou d’Espagne et aurait fui on ne sait quand, ni pourquoi, pour s’installer à Genève où elle s’était empressée d’oublier ses origines… au point qu’Henri-Frédéric Amiel, zofingien et protestant, aurait été le premier étonné si on lui avait parlé de sa judéité.

« Personnellement, poursuit ce lecteur avisé, je suis certain qu’il la connaissait très bien, mais c’était un secret tellement caché que c’est même une des explications de son génie très particulier qui se caractérise par une inquiétude et une angoisse indéfinissable. »

Cette angoisse du juif honteux, il l’aurait même transmise à tous ses biographes qui se sont soigneusement abstenus de se poser la question, pressentant que cette dernière était enfouie et devait le rester, car telle était la volonté d’Henri-Frédéric Amiel.

Ainsi donc, après un Amiel bouddhiste (c’est ainsi que Cioran le voyait), nous aurions un Amiel juif. Hypothèse intéressante et à creuser. Je doute cependant qu’il en ait été conscient. Et  » l’angoisse indéfinissable  » qui sourd de son œuvre n’est, hélas ou heureusement, pas réservée aux seuls juifs.

Le roman des origines est toujours fascinant, mais les conclusions qu’on peut en tirer sont le plus souvent hasardeuses et en disent plus long sur celui qui enquête que sur son objet. Le véritable écrivain, celui qui touche à l’universel, s’auto-engendre et c’est sans doute parce qu’il n’appartient à aucune famille spirituelle, qu’il les rejette toutes, que son œuvre devenue totalement singulière s’adresse à chacun de nous dans ce qu’il a de plus intime.

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PS : Après enquête, un ami tunisien, grand lecteur d’Amiel lui aussi, me confirme qu’Amiel est bien juif. Il ajoute que Cioran a dit quelque part :  » La lucididé absolue, c’est le néant.  » Et il s’interroge : ne s’agirait-il pas d’une reformulation de cette phrase d’Amiel : «  La désillusion complète serait l’immobilité absolue  » ?

Le Dao de Philippe Sollers – La Promotion du Moi à L’Infini

par Damien Taelman©, juin 2017

 

 

« La fonction d’un écrivain est d’appeler un chat un chat » (Sartre) ou… un fat un fat !
Il y a quelque temps, dans un éloge de 41 pages farci d’inepties, d’interprétations farfelues et de courbettes (奴顏婢膝, « visage [complaisant] d’esclave et genoux [pliés] de servante »), un mystérieux folliculaire à gages nommé Yuning Liu se pavanait et publicisait à gogo son éblouis- sant monarque. Cette feuille de chou chinois intitulée La Chine chez Sollers (Cf. L’Infini n°138, Hiver 2017) m’a convaincu de décor(cri)tiquer l’autolâtrie et l’héliocentrisme de cet écrivain donnant bourdonnant (Cf. Le Dao de Philippe Sollers : Profession de Moi, Tapages et Dérapages). Or voici que le n°139 (Printemps 2017) vient confirmer que La connerie se porte bien et que le titre de mon article était on ne peut mieux choisi — près de la moitié de la revue, dont 7 pages extraites de son roman Beauté, est une fois de plus vouée aux pompes et aux œuvres du cador gallimardesque.

On retrouve dans ce dernier numéro une bonne vieille méthode éprouvée : l’interview. L’on en compte ici quatre, comme les mousquetaires des Saintes Écritures, toutes spontanées il va sans dire, les faire-valoir à la solde de Sollers jouissant des lumières du Saint-Esprit ! La toujours babillante ex-papesse du Monde des Livres, Josyane Savigneau, est bien sûre fidèle au rendez-vous, tête basse et oreilles collées (俯首帖耳) — Vers la Beauté (pp. 10-13) est la resucée d’un entretien paru en mars 2017 sur son site L’Orient littéraire où il était alors coiffé du titre Philippe Sollers, ce qu’il est et ce qu’il aime, P.-S. sa dive personne. Cet entretien aurait eu lieu à Beyrouth, dans un salon de thé d’un chic suranné, autour d’une pipe… ou d’un narguilé ?

Un autre séide assidu, Vincent Roy, ne manque pas à l’appel ; sa Beauté Politique (pp. 14-19) est aussi un texte recyclé, tiré de la revue Transfuge de mars 2017. Dans mon article À France moisie écrivains rancis, j’ai signalé que, dans son roman Complots (pp.147-150), Sollers a copié/collé (il en connaît un rayon !) L’aurore, une causette avec Roy déjà parue en 2012 dans Transfuge… où celui-ci embellit l’équipe de rédaction ; je note que ce valet de cœur a en outre diligenté en marchant à quatre pattes (匍匐) devant son Seigneur une entrevue commerciale baptisée Ducasse et Manet (in L’Infini n°116, 2011, pp. 11-16). Ce dévoué collaborateur du Monde des Livres ayant de plus jadis mis la main à la divine transcription de L’Évangile de Nietzsche (un livre d’entretiens obséquieux avec S. en chair et en lettres, Éd. Le Cherche Midi, 2006), le hasard dans toute sa mansuétude lui a réservé une niche dans l’Élysée sollérien.

Le troisième panégyrique (pp. 20-33) provient du magazine Ligne de Risque et est à juste titre nommé Le Royaume… du roi Sollers. Le quatrième entretien (pp. 34-42), en forme de Réponses à des questions de Vincent Jaury recueillies (sic !) par Marc Pautrel (qui a publié plusieurs livres dans la collection L’Infini chez Gallimard dirigée par Sollers) nous est vendu sous le manteau de Sollers en Mouvement. Se faire caresser dans le sens du poil par quatre fiers-à-plume pratiquant sans vergogne l’asinus asinum fricat — je te gratte le dos, tu me grattes le dos et on se frotte le museau — a dû faire ronronner bien fort ce vieux chat débotté !

L’homme de bien exige de lui-même, l’homme mesquin exige des autres. 君子求諸己小人求諸人 (Confucius, 551-479)

Ce numéro nous présente aussi Le retable d’Issenheim (pp. 43-54) ; il s’agit d’un extrait de Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel, un roman dont la date de parution « pro- visionnelle » est fixée au 17 août 2017 chez Gallimard. Cet auteur est l’un des fondateurs et animateurs-clés, avec François Meyronnis, de la revue Ligne de Risque, publiée dans la collection L’Infini dont le gérant est… l’idole de ces insectes qui font écho (應聲蟲, espèce connue dans la langue de Molière sous le nom de béni-oui-oui). Seul un stupéfiant alignement des planètes Sollers l’a donc poussé, dans le JDD du 19 août 2007, à pondre la niaiserie suivante : « La rumeur vous a sûrement avertis : vous devez lire impérativement Cercle de Yannick Haenel, qui surplombe, de loin, tous les romans de la rentrée, et, dans la foulée, De l’extermination considérée comme un des beaux-arts, de François Meyronnis, étourdissant démontage du nihilisme de notre temps ».

Bref, le système Sollers, comme l’illustre brillamment la dernière mouture de L’Infini — révéré sois-tu, ô tout-puissant Gallimard — est un ascenseur en mouvement perpétuel, réservé au copinage éditorial et au commerce de la brosse à reluire.

« L’idiot s’écoute, on le caresse, il se ravit et salive un rapport exclusif de soi à soi. […] L’idiot s’adore, et s’il aime son prochain ce sera véritablement comme lui-même, et dans lui-même sans supporter qu’on aime hors de lui. […] L’idiot s’emmaillotte dans l’échange des garanties, il se taille un monde à sa taille, il en est à la fois le peseur, le poids et la balance. » (André Glucksmann, La bêtise, Éd. Grasset & Fasquelle, 1985, pp. 197 et 199)

Tout comme dans ces quatre entretiens patentés, pieusement assaisonnés, mal raisonnés et fleurant le parfum bon marché, la plupart des autres articles encensent à tour de bras leur bienfaisant protecteur. La palme de la flagornerie revient à Nadine Cannelle — dans Politique du réel (pp. 72-78), un pensum qui schlingue le suçage de furoncles et le léchage d’hémor- roïdes (吮癰舐痔… ah le pouvoir de l’image !), Sollers est publicité sept fois en autant de (ta)pages ! Et, question d’inspirer le lecteur le plus constipé, cette piquante soubrette cite en sus trois auteurs qui la main sur le cœur (心) psalmodient (誦)du Sollers. Il saute aux yeux que les diverses sécrétions trimestrielles des délectables jujubes (好吃的棗兒, naïfs) de L’Infini n’ont d’autre fin que d’huiler tous les circuits de ce prospectus égocentrique et de lubrifier les rouages de l’entre-soi méthodiquement entretenus par son Narcisse en chef.

Pour conclure, rappelons que 知此之道不可求於人斯得諸己也 : Pour connaître ce Dao il ne faut pas le quémander aux autres mais le trouver en soi. (Huainan zi, 淮南子, œuvre éponyme du prince de Huainan, de son vrai nom Liu An, 劉安, 179-122)

Damien Taelman©, juin 2017

BIKINI CONTRE BURKINI …

Les filles vont-elles encore dans les piscines pour s’exhiber et les garçons pour être éblouis par leur beauté ? De moins en moins. L’ambiance frivole et érotique qui y régnait s’est dissipée comme par désenchantement. Le Sida dans les années 80, Internet et islamisme par la suite ont mis un terme à la parenthèse magique des années soixante où d’adorables nymphes bronzaient en lisant Les Cahiers du Cinéma et où il était possible de les aborder en leur demandant ce qu’elles pensaient de Lord Henry dans Le portrait de Dorian Gray. Elles veillaient à ne pas passer inaperçues, ni incultes.

Burkinisation des esprits

Nous assistons aujourd’hui à une burkinisation des esprits pire encore que celle des corps. Ne pas se faire remarquer, telle semble être la règle. Aussi bien en politique que sur les plages. La liberté est encore là, mais on s’en détourne, comme si chacun aspirait à un univers réglementé – et les règlements s’affichent de plus en plus insolemment à l’entrée des piscines – voire à un goulag mou. Le bikini, symbole de liberté pour les femmes, devient presque indécent. Et la drague si commune autrefois sur les plages s’apparente à du harcèlement sexuel. Les hommes veillent à ne pas apparaître comme des prédateurs et les femmes comme des proies faciles. Mieux vaut se dissimuler sur un réseau social spécialisé dans les rencontres ou se laisser aller dans des beuveries.

Princesses saoudiennes en bikini

Je me souviens de princesses saoudiennes en bikini à Ryad et d’étudiantes en mini-jupe à Téhéran : l’idée de porter un burkini ne leur aurait pas traversé l’esprit. L’islam n’est pas seul en cause dans cette course à l’esclavage. Ce qui s’est produit à l’aube du XXI siècle, personne n’est en mesure d’en décerner les causes. Mais les piscines et  les plages sont des lieux idéaux pour observer ces mutations. La liberté absolue qui y régnait et qui en faisait tout l’attrait ont laissé place à une anesthésie générale. Le regard lui-même est devenu chaste : admirer la perfection du corps d’un adolescent ou d’une adolescente crée un malaise. Le narcissisme régresse : le boudin n’a plus honte d’être un boudin. Le raffinement érotique appartient à une ère révolue.

La piscine Deligny ne reviendra plus

Le burkini ne signifie pas seulement que l’islamisation gagne du terrain, mais que la grâce féminine s’estompe. Le même phénomène s’observe au cinéma. Il semble irréversible. Il y a certes encore des exceptions et des combats d’arrière-garde. Mais l’époque où des jeunes filles graciles plongeaient nues dans la piscine Deligny, ne reviendra plus. D’ailleurs, elle aussi a coulé dans la Seine à la fin du vingtième siècle, emportant avec elle beaucoup du glamour parisien et un peu du souffle libertaire qui nous animait.

 

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Soumission et dépression

Ne nous reste plus maintenant qu’à nous comporter en enfants sages, en adultes précautionneux et à feindre une joie factice. Le prix à payer sera soit l’asservissement à une religion qui nous est étrangère et ne veut pas nécessairement notre bien, soit une dépression généralisée. Et plus vraisemblablement encore les deux ensemble !

MIKE TYSON, LE GÉNIE DU MAL ?

Mike Tyson, l’ancien champion du monde des poids lourds -50 victoires sur 58 combats, dont 44 par KO -, le cocaïnomane et l’alcoolique, la brute condamnée pour viol, mais aussi le soutien inconditionnel de Donald Trump, comment en est-il arrivé là ?

Et d’abord que lui reprochait on ? De frapper sa femme, l’actrice Robin Givens,  certes. Banal dans le milieu de la boxe. D’en harceler d’autres ? Encore plus banal ? Les trois cents millions de dollars acquis à coups de poing ? Pas vraiment. Non, ce qu’on ne lui pardonnait pas, c’était son cynisme : on ne se moque pas impunément des vieux boxeurs noirs qui consacrent leurs dernières forces à lutter contre la délinquance juvénile ou l’apartheid. Il incarnait une forme de génie du mal, promenant ostensiblement son dégoût de tout, aussi bien de la boxe, que des autres et de lui-même.

Ce qu’on lui pardonnait encore moins, c’est d’avoir violé une jeune Noire – ce qu’il a toujours nié – candidate à un concours de beauté dont il présidait le jury, viol qui lui vaudra six ans dans un pénitencier. Sans oublier ce combat mythique au cours duquel il a arraché avec ses dents l’oreille de son adversaire Evander Holyfield.

Personne n’a compris que ce bad boy,  » Kid Dynamite « , comme le surnommait son mentor et père adoptif Cus d’Amato, converti à l’islam en prison, ait pris le parti de Donald Trump contre Madame Clinton. C’est oublier que Trump a toujours défendu et soutenu financièrement Mike Tyson, y compris lors de son procès pour viol, sans doute truqué. Car comment imaginer qu’une donzelle n’ignorant rien de la brutalité de Tyson – six plaintes avaient déjà été déposées contre lui pour harcèlement sexuel – l’ait suivi en toute naïveté dans la chambre 606 de l’hôtel Canterburry à Indianapolis. Ce qu’il a expié pendant des années dans le pénitencier d’Indianapolis, c’est moins un viol douteux que l’image terrifiante qu’on projetait sur lui.

Et maintenant, après avoir passé le cap de la cinquantaine, Mike Tyson reconnaît que sa vie a été un énorme gâchis. Il veut tourner la page de son passé, y compris celle de la boxe :  » Les gens respectent le combattant, ce que j’ai accompli sur le ring. Mais moi j’aimerais que ce gars-là soit mort, qu’il n’ait jamais existé. «  Paradoxalement, il estime avoir été victime de sa sensibilité. Il a raconté sa vie dans deux livres, La vérité et rien d’autre et Iron Ambition  : My Life with Cus d’Amato (juin 2017). Il évoque, plus de trente après sa mort, Cus d’Amato celui qui l’a découvert et élevé quand il n’avait que treize ans. Mais Cus mourra d’une pneumonie quelques mois après les débuts fulgurants de  » Kid Dynamite « .

Il parle également de sa colombophilie. « Avant Gus, ce sont les pigeons qui m’ont sauvé la vie. Un type, raconte-t-il, a volé un de mes oiseaux et quand je lui ai demandé de me le rendre, il l’a sorti de son manteau, lui a tordu le cou et a frotté son sang sur moi, laissant une tache indélébile dans l’âme de l’enfant. Elle ne sera pas la seule, mais aucune ne laissera une trace aussi profonde, même pas ses tentatives de suicide ou un viol  subi dans son enfance. Une colombe peut-elle décider du destin d’un homme ? Mike Tyson se pose encore la question – insoluble bien sûr.