LE RATÉ DE L’ABSOLU

En 1938, à Cambridge, un jeune Polonais prépare une thèse de doctorat sous la direction du philosophe Ludwig Wittgenstein. Sujet : « Heidegger chez les présocratiques ». Il est né à Varsovie et, fasciné par l’échec, il aspire à devenir le « raté de l’absolu », ambition démente à laquelle il ne renoncera sous aucun prétexte. Il se saoule et quand il rentre chez lui, il lit les Pensées de Pascal, le plus grand monument, selon lui, qu’une intelligence humaine ait jamais construite en l’honneur de l’échec.

Ce jeune Polonais n’admire que les démons, ceux qui sabotent les élans des autres, ceux qui avec une lucidité inouïe enfoncent encore plus leurs proches dans l’échec. L’échec est une forme de sainteté et il y faut une forme de génie très particulier, celui-là même qu’il a détecté chez son maître, Ludwig Wittgenstein qu’il a décrit dans ses carnets comme «  un homme plutôt amer et cruel, pédant, cynique, impitoyable qui tournait sa merveilleuse intelligence contre les autres avec le même mépris qu’il avait montré autrefois vis-à-vis de lui-même, de ses idées et de ses convictions. » L’avouerai-je ? Cette description me conviendrait à merveille.

Mais revenons à notre ami Polonais. Un après-midi de 1938, alors qu’il travaille sur sa thèse à la bibliothèque du British Museum, il demande à consulter les écrits du sophiste grec Hippias. À la suite d’une erreur dans la classification des fiches, on lui remet une édition annotée du livre d’Adolf Hitler, Mein Kampf, livre qu’il n’avait jamais lu, qu’il n’avait jamais pensé lire, mais dont il savait en quelle haute estime Heidegger tenait son auteur.

Désœuvré, il se plonge alors dans cet écrit autobiographique et délirant qu’il prend un malin plaisir à comparer au Discours de la méthode de Descartes dont Mein Kampf lui apparaît alors comme le revers et la continuation apocryphe. «  Les deux, note-t-il dans ses carnets, sont les monologues d’un sujet plus ou moins halluciné qui se dispose à nier toute vérité antérieure et à prouver, sur un mode à la fois impératif et inflexible, en quel lieu, à partir de quelle position on pouvait, on devait ériger un système à la fois absolument cohérent et philosophiquement imbattable. »

Du coup, il comprend aussi pourquoi Heidegger voit dans le Führer la concrétisation même de l’esprit allemand. «  L’Être et le Temps » : il faut donner du temps à l’Être pour qu’il s’incarne dans le Führer, voilà tout, pense-t-il ce soir-là, en rédigeant quelques notes philosophiques pour une obscure revue polonaise. Il présente Adolf comme un clown certes, mais aussi comme un prophète qui annonce dans une somnolence léthargique un avenir d’ une « mauvaiseté géométrique ».
Mais il ne se doute pas qu’il est loin d’en avoir fini avec Hitler. Avec l’aide de Wittgenstein séduit par sa personnalité, il parvient à émigrer dans un pays dont il ignore tout, à commencer par la langue : l’Argentine. Il découvre à Bueno Aires un nouveau monde de ratés, plus méprisables encore à ses yeux que les ratés polonais, car ils admirent deux ânes. L’âne numéro un, c’est José Ortega y Gasset, le causeur espagnol par excellence. L’âne numéro deux, c’est le comte de Keyserling, âne allemand mâtiné de bureaucrate du bouddhisme zen qui médite sur l’Être argentin.

Quand notre ami polonais se permet dans les cercles philosophiques de dire que cette espèce de comte de Keyserling est un pantin verbeux qui ne peut même pas s’asseoir sur les genoux de son ventriloque Heidegger, on le regarde avec dédain. C’en est fini de son prestige de disciple de Wittgenstein. Il n’est plus qu’un Polonais malsain, souffreteux, amer, déplaisant, raté. Il éprouve alors, selon ses carnets, une joie bizarre à être vu comme il se voyait. Il a atteint le plus parfait état de dépossession auquel un homme puisse aspirer : il n’est plus rien. Depuis, nul n’a retrouvé sa trace.

Publicités

LE BILLET DU VAURIEN – CELUI QUI SE DÉCLARE HEUREUX

Il va de soi que la promesse d’une volupté l’emportera toujours sur la satisfaction qu’on en attend. Ne rien attendre est d’ailleurs le premier pas vers la sagesse. J’ignore quel est le second.

XxxxxxxxX

Celui qui se déclare heureux n’a fait que monter en grade dans la hiérarchie de sa propre folie.

XxxxxxxxxxxxxxxX

J’ignore pourquoi, mais le mois d’août est le plus angoissant. Je le supprimerai volontiers du calendrier.

XxxxxxxxxxX

Le slow appartient à l’ancien monde. Le plan cul au nouveau.

XxxxxxxxxxxxX

«  Il y a de la rumba dans l’air….ta vie tu ne peux pas la refaire… » chante Alain Souchon. Et les larmes me viennent aux yeux.

XxxxxxxxxX

Si la vie est souffrance, à quoi bon la prolonger inutilement ?

XxxxxxxxxxxxxxxxX

Sans y avoir jamais mis les pieds, Cioran affirmait que le Japon est la réussite la plus exquise de la Création. Je confirme et salue sa perspicacité.

XxxxxxxxxxxxX

Dans un livre de Guido Ceronetti ouvert au hasard, je tombe sur cette réflexion digne de notre ami Cioran : « Aucune femme ne s’aime vraiment, si ce n’est superficiellement, parce qu’elle a le pressentiment de l’épouvantable réalité qu’elle cache. »

XxxxxxxxxxxxX

Et également ce mot de Ceronetti que je reprendrais volontiers à mon compte : «  Les paroles des optimistes poignardent dans le dos l’infini martyre des êtres humains. »

XxxxxxxxxxxxX

Du mail très affectueux que m’envoie Gabriel Matzneff, je retiens ce passage concernant Cioran. « En 2017, écrit Gabriel, je m’étonnais de ce que l’immeuble de la rue de l’Odéon où vécut notre bon maître de Dieppe ne fut pas encore orné d’une plaque lui rendant hommage. Nous sommes en 2019 et, à la mairie de Paris, rien n’a été fait. Certes, de la plaque, Cioran n’en aurait rien à foutre, mais ce n’en est pas moins dégueulasse. Penses-tu que cela vaille le coup que nous tentions quelque chose auprès des « autorités » ou est-ce peine perdue ? »

Je sais par l’ambassadeur de Moldavie qui m’avait invité à faire une conférence sur Cioran – il fut beaucoup question de la Bessarabie dans les questions qui suivirent, ce qui me laissa perplexe, car j’ignorais tout de la Bessarabie – que son passé politique avait rendu Cioran « infréquentable » dans les milieux bien-pensants, aussi bien à Paris qu’à Bucarest. Je l’ai dit à Gabriel. Il termine son message par ces mots auxquels je souscris pleinement : « La vulgarité, la bêtise et le quackérisme ne cessent d’étendre leur empire sur l’entière planète. Pour leur échapper, certains n’ont pas d’autre solution que de se pendre dans leur cellule new-yorkaise ( il fait allusion à l’affaire Epstein). À quand notre tour, cher Roland ? « 

louise-brooks-l-actrice-de-cinema-muet-precurseur

POURQUOI JE NE SUIS PAS DEVENU PSYCHANALYSTE…

J’ai trouvé la réponse, celle que je n’osais pas formuler, chez Lacan. Mais elle figure déjà chez Freud. La voici :  »  Notre pratique est une escroquerie, bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c’est quand même ce qu’on appelle d’habitude du bluff. Du point de vue éthique, c’est intenable notre profession. C’est bien d’ailleurs pour ça que j’en suis malade, parce que j’ai un surmoi comme tout le monde.  » ( Extrait d’une conférence prononcée à Bruxelles le 26 février 1977 ).

Quand j »ai reçu mes premiers patients, j’avais tellement l’impression d’être un imposteur que je ne parvenais pas à leur demander des honoraires. J’ai encore le souvenir très précis d’une jeune fille qui refusait de se lever du divan avant que je l’aie dépucelée. Et celui d’un homme dans la quarantaine humilié par sa femme qui lui interdisait de lire les journaux dans leur appartement. Au cinéma, elle lui infligeait la présence de son amant. Et je n’ai pas oublié, car ce fut un moment décisif, cette héritière qui hésitait entre une croisière autour du monde et une psychanalyse. Je lui conseillai la croisière.

Quelques mois plus tard, je mettais un terme à cette mascarade. Moi aussi j’avais un surmoi. Sans doute hypertrophié par le calvinisme. Il s’est assoupli avec l’âge et la vie parisienne. Eussé-je été Viennois à l’époque de Freud que j’aurais sans doute eu moins de scrupules. Quant aux psychanalystes lacaniens que j’ai pu observer de près, leur absence totale d’éthique m’a  laissé   perplexe. J’ai toujours pensé, disait Freud, que les premiers à embrasser cette profession seraient les spéculateurs et les cochons. Il oubliait les perroquets.

IMG_9302

JE NE SUIS PLUS LÀ

Seul
À la gare de Lausanne
Une larme

XxxxxX

Cette chaleur
Qui m’étouffe
N’est plus celle de notre amour

XxxxxxxxX
Chambre 612
Plus jamais
On n’entendra ses cris

CxxxxxxC

À qui lirai-je
Albertine disparue
Maintenant

XxxxxxxxxxxxX

Tant de noms oubliés
Dans ce carnet
Le sien y figure encore

XxxxxxxxxxX

Ses seins
Comme j’aimais
Les caresser

XxxxxxxxxxxxX

Caroline ne viendra jamais
À Lausanne
Trop de fautes d’orthographe

XxxxxxxxxxxxX

Louise non plus
N’est pas Brooks
Qui veut

XxxxxxxxxxxxxX

Seul comme Kafka
Même pas
Juste un vieux parmi d’autres vieux

XxxxxxxxxxxxxxX

La nuit Ludwig Hohl
Me raconte des histoires
De hérissons qui se métamorphosent en éléphants

XxxxxxxxxxxxxxxxxxxxX

Voilà qui aurait plu à Marie
Mais elle n’est plus là
Moi non plus d’ailleurs

FIN

TOURISTE ? QUELLE HORREUR !

Être qualifié de « touriste » est devenu une honte. Une honte à laquelle rares sont ceux qui échappent, à moins d’être des hommes d’affaires ou des migrants. Les premiers ont tous les droits, les seconds n’en ont aucun, mais ils échappent à la qualification calamiteuse de « touriste ». Une des caractéristiques du touriste, c’est qu’il aime mépriser les touristes, les blâmer et qu’il ne veut  en aucun cas être confondu avec eux. Le passage des frontières le rappelle à cette humiliante réalité. Qu’il le veuille ou non, il est un touriste, alors qu’il n’aspire qu’à être un citoyen du monde, sans rien renoncer pour autant à ce qu’il chérit le plus : sa singularité.

Il y tient d’autant plus à cette singularité que l’image du touriste est en général associée à une certaine laideur et à une certaine gaucherie. Être confondu avec sa concierge qui aurait reçu dans une pochette surprise un coupon cadeau pour un séjour à Malte dans un quatre étoiles, quelle  honte !  L’écrivain italien Roberto Calasso note que dans l’observation des touristes par les touristes se mêlent immanquablement un certain embarras et un soupçon de réprobation, d’autant plus violent parfois que réprimé, car le touriste se veut tout à la fois citoyen du monde et dépourvu de tout préjugé raciste, sexiste ou anti-démocratique. Et pourtant quand un touriste regarde un autre touriste, c’est l’humanité qui se regarde elle-même et pressent qu’elle a perdu quelque chose. Elle ne sait pas trop quoi, mais elle sait que ce sera irrécupérable. Karl Kraus a dit qu’avec la démocratie on étend à tous le privilège d’avoir accès à des choses qui ne sont plus là. Il en est de même du tourisme.

2f7a906953af53e6bdf495e9aeedba4d

Alors comment éviter la honte d’être un touriste ? Comment voyager sans être un touriste ? Roberto Calasso suggère, sans trop y croire, qu’on peut toujours se fixer un but, le sexe étant le plus évident, nettement circonscrit et pragmatique. Une fille dans chaque port, un bordel dans chaque ville ! C’est sans doute le dernier objectif des seniors et il n’est pas reluisant. On peut également voyager avec l’intention de n’être pas seulement un observateur, mais de faire le bien. Le monde séculier ignore la grâce, mais éprouve toujours le besoin aigu de « gagner son salut ». Et pour ce faire, note Roberto Calasso, il n’y a qu’une voie : acquérir des mérites. Par exemple, éduquer des enfants autochtones ou sauver des tortues. On évitera l’embarras de l’aumône donnée à des miséreux : cela vous désignerait à nouveau comme un touriste. Mieux vaut une « donation » destinée à des autochtones que l’on connaît. On reviendra ainsi chez soi surchargé de bonnes actions, ce qui vous évitera d’être confondu avec un touriste bas de gamme dont les voyages ne peuvent être que répréhensibles et fades.

Mais anticipons : le tourisme aura bientôt disparu ou tout au moins n’apparaîtra plus nécessairement lié au voyage. Il se présentera plutôt comme une réalité seconde, dont le modèle sera la réalité virtuelle. D’ailleurs chacun peut le constater dans sa vie sexuelle nous ne sommes pas loin du moment où une réalité virtuelle ne pourra plus se distinguer de la chose réelle. Et il nous faudra alors reconnaître que le tourisme n’est plus un secteur florissant du monde, comme il l’a été au siècle passé, mais que le monde entier est devenu un secteur attardé du tourisme. Se promener à travers les rues d’une ville inconnue, faire confiance au hasard, errer vers ce qui attire le plus, autant de pratiques qui seront devenues obsolètes et auxquelles plus personne ne se laissera aller. Personne  n’aura honte d’être un touriste, puisque le tourisme sera mort et enterré. L’avenir est aux migrants et aux hommes d’affaires. Ils forment le couple idéal.

cfdac782d3ddda93937b0cdb3a574ce0

Roberto Calasso :  » L’innommable actuel  » . Éd. Gallimard.

ÉRIC ZEMMOUR ET DANIEL COHN-BENDIT : UNE CONFRONTATION ÉTERNELLE !

Disons-le : nos deux polémistes préférés ont assuré le spectacle pendant trois heures avec brio sur LCI. Sur un thème plutôt ingrat : l’Union Européenne dont chacun sait qu’elle est comme un train bloqué dans tunnel, incapable d’avancer ou de reculer, alors que les empires américains, chinois et russes filent à l’allure d’un TGV.

Le plus fascinant dans ce débat était d’observer  combien  deux options philosophiques s’opposaient. Celle de Zemmour incarnait le mot célèbre de Hobbes :  »  L’homme est un loup pour l’homme  » ( surtout s’il est musulman, ajouterait Éric ) , cependant que Daniel Cohn-Bendit dans un élan utopique soutenait, après Terence, qu’il est un homme et que rien de ce qui est humain ne doit nous être étranger. D’où cet échange assez violent entre Daniel Cohn-Bendit pour qui les valeurs ou, si l’on préfère, les droits de l’homme , sont universalistes, alors que pour Éric Zemmour elles sont tout au plus un produit français destiné à l’exportation comme le brie ou le champagne, chaque nation défendant son territoire et son mode de vie avec férocité.

Sipress-HowtoStaySaneasaCartoonistinTrumpland_01
Pour avoir pas mal bourlingué, force m’est de donner raison à Éric Zemmour : il faut vraiment être français pour imaginer que chaque civilisation ou religion ne considère pas ses valeurs comme étant supérieures à celles du monde entier. Il en va de même d’ailleurs pour la gastronomie. Il n’y pas d’homme universel, même si on peut le regretter: il y a des Anglais, des Chinois, des Camerounais ( j’arrête la liste) qui ont leur code d’honneur et c’est rarement le même. On peut toujours rêver comme cette étudiante en médecine sur le plateau, fort jolie de surcroit, à une identité européenne qui se construira au fil des générations grâce au programme Erasmus, mais Éric Zemmour n’a pas eu tort de se moquer de sa naïveté et de tenter de lui faire comprendre qu’elle n’était, grâce à Erasmus, qu’un brave petit soldat décervelé au service de l’Empire du Bien.

Le débat a tourné à la confusion quand il s’est agi du judaïsme, qui est lui aussi, un mélange de provincialisme et d’universalisme. Daniel Conhn-Bendit a eu l’honnêteté et l’intelligence de rappeler combien ses positions étaient liées à son ADN familial. En revanche, il s’est montré d’une mauvaise foi hallucinante en comparant les viols de masse à Cologne commis par les migrants – les envahisseurs, dirait Zemmour – à la drague un peu lourde des Italiens. Mais celle qui s’est montrée d’un courage exemplaire, c’est cette juriste parisienne interrogée durant l’émission par Pujadas qui, pour avoir vécu dans l’immeuble du Bataclan et ensuite à Calais, n’a pas craint de dénoncer les ravages que commet l’Islam en France. Cohn-Bendit a voulu tempérer ses propos en parlant d’Islamo-fascisme sous le regard goguenard de Zemmour. Trop tard. Le mal était fait.

PARADOXES D’UN NIHILISTE…

J’ai perdu mon portefeuille dans un grand magasin parisien. Rien de pire ne peut arriver à un Suisse. Nihiliste, de surcroît.

                                     XxxxxxxxxxxX

– Il paraît, m’a-t-elle dit, que tu as passé un mois sur les sites de rencontre  » coquins « ….

– Oui, des amis m’y avaient incité. Pour me mettre à la page.

– Et pour quels résultats ?

– Plus que déprimants ! J’y ai rencontré pour l’essentiel des cougars en chaleur, des rapaces à l’affût de leur proie et des cœurs brisés….. Oui, elles sont orphelines, oui leur ex les battait et les trompait, oui, elles sont à la recherche d’un homme attentif, fidèle, généreux qui les traiterait comme des princesses. Et je passe sur les stéréotypes aussi nuls que leur maîtrise du français. Collantes, de surcroît.

 

 

 

46b27e5fd10a4601af8b838d105366b6

 

                                      XxxxxxxxxxxxX

Une bonne question – quel écrivain oserait la poser aujourd’hui ? – d’ Henri de Montherlant :  » Peut-on s’intéresser à l’âme d’une femme dont les jambes sont trop courtes, irrémédiablement ? « 

                              XxxxxxxxxxxxxxxxxxX

Qui sait ( moi je l’ignorais en tout cas ) qu’un des premiers écrivains à s’être intéressé à Henri-Frédéric Amiel ne fut autre que le Viennois Hugo von Hofmannsthal dans une étude qu’il intitula :  » Le Journal intime d’un malade de la volonté. » ? Il parle à son sujet du penchant suisse pour les calculs et les formules, d’une virtuosité à établir des distinctions les plus fines possibles et à produire des aphorismes. 

                                   XxxxxxxxxxxxxxxxxxX

Quand Luc Weibel demanda à Diane, dix-huit ans, ce qu’elle lisait et appréciait, elle répondit aussitôt :  » Proust, Céline, Laclos !  » On pouvait s’y attendre, mais nous fûmes plus surpris lorsqu’elle ajouta :  » Au-dessus du Volcan  » de Malcolm Lowry. J’ai l’impression que toutes les jeunes Françaises d’un certain milieu et acquises au libertinage ont été biberonnées aux  » Liaisons dangereuses « . Ce n’est pas le cas des apprenties-coiffeuses et des charcutières qui chassent sur le Net.

                                            Xxxxxxxxxx X

Si j’avais une morale ( et j’en ai sans doute une malgré moi ) , elle se résumerait à ces trois mots :  » Tat twam asi « . Traduit du sanscrit, cela donne : Toi aussi, tu es cela. C’est mon mantra depuis qu’adolescent je me suis intéressé au bouddhisme. 

                    XxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxX

Goethe disait approximativement que le plus grand génie ne produira pas grand’chose de bon s’il s’entête à ne puiser que dans ses propres ressources.

Nous volons tous – et moi le premier qui ai fait les poches à Cioran  – mais en fin de compte nous serons jugés sur ceci : qui avons-nous volé et qu’en avons-nous fait ? J’espère ne pas avoir démérité.

                                XxxxxxxxxxxxxX

Le suicide est de l’ordre du paradoxe : on prend possession de soi-même en même temps qu’on s’en dépossède. Le paradoxe m’enchante. La perte de mon  » cher petit Moi  » m’attriste.

                    XxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxX

Je me le suis souvent répété : quand on ne vit plus que pour prouver que l’on a vécu, il est temps de retirer l’échelle. J’hésite à le faire par une lâcheté que je juge assez immonde et qui est néanmoins le seul bien qui me reste …. à part mon portefeuille enfin retrouvé au Bon Marché.

               XxxxxxxxxxxxxxxxxX

J’ai souvent l’impression d’être un Kibbitzer, celui qui dans la tradition yiddish , tient des propos saugrenus et fait des plaisanteries de mauvais goût afin d’énerver tout le monde. Et j’ y parviens.

                            XxxxxxxxxxxxxxxxX  

 

9339cdb1ab3a4036f5aa0adf550ac752