MISHIMA OU MONTAIGNE ?

Vouloir continuer à entretenir en soi le désir de vivre n’est pas chose aisée. Nous nous y employons, faute de mieux. Nous n’attendons plus rien de la vie et pourtant nous redoutons de la perdre. Nos vieux démons nous poussent à franchir le seuil fatal sans vraiment y parvenir. Il est désespérant de demeurer si attaché à un monde dont nous avons épuisé les attraits. Il l’est encore plus de se calfeutrer dans un petit confort en attendant que la mort vienne nous cueillir. Il fut un temps où notre vanité l’emportait sur tout. Maintenant, c’est la couardise.
Étendu sur mon lit, j’écoute des mélodies d’autrefois en me demandant si je suis encore vivant. Le peu de lucidité qu’il me reste, me souffle la réponse : « Bien sûr que non ». J’hésite à vider le flacon de sirop mexicain qui m’enverrait directement ad patres . Mais soudain, je recule avec le vain espoir que demain sera un autre jour. Un jour sans fin. 
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Qu’est-ce que l’amour, sinon s’emparer d’une autre vie, la coloniser, l’annexer à la nôtre ? Même ce petit jeu nous lasse et finalement nous n’aspirons plus qu’à une existence solitaire peuplée de fantômes. Rien ne nous trouble plus que de les voir réapparaître dans notre vie quotidienne : nous aurions tout donné pour cette fée. Nous sommes maintenant prêts à tout sacrifier pour que cette épave disparaisse au plus vite. Nous feignons néanmoins d’avoir encore de l’affection pour elle et nous égrenons des souvenirs qui l’émeuvent autant qu’ils nous indiffèrent. Mais nous n’en laissons rien paraître. Jeunes, nous étions des goujats. Vieux, des hypocrites un peu gâteux. Mais il arrive que nous préférions encore leur compagnie à la solitude, surtout quand la nuit tombe. Ce n’est pas glorieux, mais plus rien ne l’est.
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Blaise Pascal reprochait à Montaigne, lui qui avait écrit ce mot définitif : « La plus volontaire mort, c’est la plus belle », de ne penser qu’à mourir « lâchement et mollement par tout son livre. » Mourir lâchement et mollement , il fut un temps où je trouvais cela méprisable, moi aussi. Se faire sepukku, comme Mishima, avait quand même plus d’allure. Et me voici résigné à mourir lâchement et mollement dans un palace lausannois. Parfois, je tente de me ressaisir. Cela ne dure jamais longtemps.

Une réflexion sur “MISHIMA OU MONTAIGNE ?

  1. Mourir de son vivant, c’est encore choisir sa mort, de la façon la moins douloureuse qui soit, voire la plus délicieuse. Les vrais lâches et gâteux sont ceux qui refusent d’envisager leur fin, mimant des projets qui ne trompent personne.

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