LA BIBLIOTHÈQUE DE CLÉMENT ROSSET…

© Olivier Roller

J’ai eu à trois reprises le privilège de passer une soirée chez Yushi avec José Thomaz Brum qui, avant d’enseigner à l’Université Pontificale Catholique de Rio de Janeiro, avait été un ami proche de Clément Rosset. Il lui avait même fait visiter le merveilleux jardin botanique de Rio. Il se souvenait d’un commentaire de ce cher Clément qui comparait la lumière d’une allée sombre du jardin à la lumière du grand Gottfried Schalken ( 1643-1706 ), le peintre des effets de lumière artificielle. En 2001, au mois d’août, il lui avait fait visiter le monastère de Saint Benoît et lui a confié qu’il aimait s’y promener à cause du calme solitaire de ce site conventuel et de sa colline si chère à son cœur. Clément a réfléchi et, soudain, lui a récité les vers de la fable : « Le Songe d’un habitant du Mogol » de La Fontaine : 
« Solitude, où je trouve une douceur secrète, Lieux que j’aimais toujours, ne pourrais-jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l’ombre et le frais ? »
Un jour, avait ajouté José Brum, il faudrait étudier l’usage que Clément Rosset fait des contes et des fables, sans négliger son cher Tintin, dans ses œuvres. Clément les utilise en tant qu’exemples pour enrichir sa pensée, quand elle ne sont pas à l’origine de cette dernière. Une large part du charme de ses écrits tient non seulement à son ironie, mais à la poésie qu’il leur insuffle. 

Clément, m’a raconté José Brum, s’est même amusé, lui l’élève de Jankélévicth,a joué du piano chez lui à Rio. Il a conclu sa performance par ces mots : « Je viens de tuer Mozart! » À Paris, rue Fustel de Coulanges, il lui a dévoilé sa bibliothèque. Il possédait les collections complètes de Maupassant – la fameuse édition illustrée Ollendorff – de Balzac et de Zola. Il avait une affection particulière pour le conte « Sur l’eau » de Maupassant que Cioran adorait tout comme moi d’ailleurs. Il avait, bien sûr, les livres de Cioran, à côté des livres d’Henri Gouhier, l’historien de la philosophie, qui a fait partie du jury de sa thèse soutenue en mai 1973 à La Sorbonne, thèse publiée la même année aux Presses Universitaires de France sous le titre de «  L’Anti-Nature ».
Un écrivain que Clément chérissait – je confirme – n’était autre que Marcel Aymé ( 1902 – 1967 ). Il a confié à José Brum qu’ à l’époque de la publication de sa « Lettre sur les Chimpanzés » ( 1965 ), Marcel Aymé lui avait fait un grand éloge, dont il était très fier. Son ouvrage : « Le confort intellectuel » ( 1949 ) a été un vrai guide de lucidité pour toute une génération: Clément comme moi lui devons beaucoup. Il avait lui aussi une idée bien amère et sans espoir de l’humanité. Il nous donne une idée assez précise des goûts et de la personnalité de Clément Rosset, conclut José Brum. On se délectera de ses souvenirs publiés par l’excellente revue Alkemie éditée par les éditions Garnier ( numéro 26 )

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