NOTES D’UN HOMME BLESSÉ

Ce 25. 12. 2020

Sans doute eût-il mieux valu que je ne revienne pas à Paris. Quitter le Lausanne -Palace pour ce studio exigu où se bousculent des souvenirs, mais où plus personne ne m’attend, quelle étrange idée. J’y ai passé près de quarante ans. La moitié de ma vie. Et maintenant je peine à grimper les escaliers. Cette expédition est la dernière, me suis-je dit en arrivant au cinquième étage.

Mon cadeau de Noël pour ma première nuit rue Oudinot fut une insomnie tenace accompagnée de maux d’estomac. Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie, surtout la nuit. J’ai cherché quelques compagnons. Les noms qui me sont venus à l’esprit, sont toujours les mêmes : Imre Kertész, Thomas Bernhard et, bien sûr, Cioran. Tous des enfants de la Mittel Europa. Albert Caraco soulageait également mes brefs cauchemars. Avec lui, le suicide n’est pas seulement une injonction, mais un acte. J’avais laissé mon flacon de Nembutal à Lausanne par peur d’un contrôle à la douane. Quel idiot je fus ! Il ne faut jamais voyager sans son sirop mexicain. Me jeter par la fenêtre ? Je n’en aurais pas eu le courage. Ce n’était pourtant pas l’envie qui me manquait. Il ne me restait plus qu’à me souhaiter «  Joyeux Noël » puisque plus personne ne le ferait. Et à écouter quelques Schlager pour me bercer en attendant que la nuit s’achève. Mais elle ne s’achèvera jamais et il n’y aura plus d’aubes glorieuses, me suis-je dit encore.

6 réflexions sur “NOTES D’UN HOMME BLESSÉ

  1. Joyeux Noël, Roland… Le dernier « factum » roboratif du camarade Schiffter n’aura pas su vous consoler. Plutôt que les Schlager – quelle horreur -, écoutez Elmore James ou Jimmy Reed, des artistes cyrrhosés disparus depuis longtemps, que la vie n’a pas épargnés et qui ne sont jamais descendus au Lausanne-Palace..

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  2. Joyeux Noël, Roland… Le dernier « factum » roboratif du camarade Schiffter n’aura pas su vous consoler. Plutôt que les Schlager – quelle horreur -, écoutez Elmore James ou Jimmy Reed, des artistes cyrrhosés disparus depuis longtemps, que la vie n’a pas épargnés et qui ne sont jamais descendus au Lausanne-Palace..

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  3. « Le bousculement des souvenirs » des anciennes « aubes glorieuses » disparues assure une fin des plus glorieuse, allant crescendo au fur et à mesure que l’issue approche.
    – « Les hommes commencent par l’amour, finissent par l’ambition, et ne se trouvent souvent dans une assiette plus tranquille que lorsqu’ils meurent. » -Jean de La Bruyère-Les caractères-

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  4. Les blessures sont aussi les décorations des perdants magnifiques, comme les étoiles réversibles qui nous enfoncent leurs clous étincelants en remettant de la chair autour de nos pensées : Joyeux Noël !

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