LA NUIT, JE REGARDE TINDER

Il m’arrive de m’ennuyer grave dans le grand lit où je tente, souvent en vain, de trouver le sommeil après avoir regardé un match de foot et suivi la liesse populaire qui a suivi l’élection du Président le plus fade des États-Unis. Les Américains déchanteront vite et, peu à peu, même ceux qui le haïssaient, éprouveront une forme de nostalgie pour le maverick qu’était Donald Trump : il assurait le spectacle mieux que quiconque. On comprend que le tout Hollywood l’exécrait : il leur volait la vedette. Et il était le seul à s’imposer face à des rivaux comme le Président Xi, Poutine ou Erdogan. Il n’était peut-être pas cultivé, mais il avait compris l’essentiel : « First is First and Second is Nobody». Les pleurnicheries anti-racistes ou féministes le laissaient de glace, de même que les paniques sanitaires liées à une pandémie qu’il jugeait être l’escroquerie du siècle. Et il ne voulait pas museler le peuple américain, ce qui est pour moi une raison supplémentaire de l’apprécier : Donald Trump et John Wayne, même combat. Un combat perdu, je l’admets bien volontiers.
Donc, la nuit, après avoir bu une rasade de whisky japonais, si possible du Nikka, je m’amuse à regarder les profils des filles esseulées en quête du Prince Charmant sur Tinder. Je les choisis en fonction de leur âge, puisque comme Chloé Delaume que j’apprécie et qui vient de recevoir le Prix Médicis pour « Le Cœur synthétique », je ne sais que trop combien passée la quarantaine les femmes ont atteint leur date de péremption : elles ne sont plus sur le marché de l’amour que des barquettes de viande avariée. Je les évite donc et, après m’être présenté comme un jeune professeur de criminologie, je pars à la pêche avec la sensation d’opérer un casting. Je ne suis guère étonné par le fait que toutes ces donzelles aient une même obsession : voyager. « Je ne suis pas assez con pour cela » , disait Gilles Deleuze. D’ailleurs, pourquoi aller chercher ailleurs, ce que l’on ne trouvera qu’en soi ? À défaut de faire le tour du monde ou de partir en randonnée, elles se replient sur Netflix. Rares sont celles qui s’intéressent à la politique et plus rares encore celles qui ont une passion pour la lecture. J’ai néanmoins trouvé quelques exceptions en Asie. Ainsi, j’ai découvert que Michel Foucault était une star en Chine et qu’on y étudiait Heidegger. En revanche, Cioran est totalement inconnu. Une jeune Chinoise a pour projet cet hiver de lire tous les cours donnés par Foucault au Collège de France. Je l’ai vivement encouragée, signalant au passage pour me mettre en valeur que je l’avais un peu connu.
Parfois, les filles me proposent un peu plus d’intimité sur WhatsApp, Skype ou Hangouts. Les plus jeunes sur Snapchat. Les Françaises sont les plus vénales. Après quelques exhibitions qui ne manquent pas de charme, elles me demandent de les aider à remplir leur frigo qui est vide. Combien de photos de frigos vides, n’ai-je pas reçu ! Je les incite à manger le moins possible et à ne jamais dépasser cinquante kilos, ce qui semble être aussi difficile pour elles que de gravir le Cervin. En général , la relation s’arrête là. Je m’endors tranquillement en écoutant : « Les mots bleus » de Christophe. Michel Foucault les appréciait-il ? Encore une question sans réponse.

3 réflexions sur “LA NUIT, JE REGARDE TINDER

  1. Après la date de péremption, elles ont toujours autant envie de voyager, mais à ce stade elles ne recherchent plus qu’un chauffeur ou un accompagnateur qui sache faire semblant d’être comblé avec elles comme elles savent si bien le faire de leur coté. Leur seul reste de naïveté est de croire que c’est encore réciproque.

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  2. « je ne sais que trop combien passée la quarantaine les femmes ont atteint leur date de péremption : elles ne sont plus sur le marché de l’amour que des barquettes de viande avariée. »

    40 ans est bien optimiste… je dirais 30 en étant magnanime. Les femmes vieillissent comme le lait et les hommes vieillissent comme le vin.

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