DERNIERS PAS AVANT LE PARADIS

L’enfer, j’ai bien peur qu’il ne soit ici, à Lausanne, surtout le dimanche sous une pluie glaciale qui mine mon moral autant que mes articulations. J’aurais tort néanmoins de geindre. Je dispose d’un flacon de phénobarbital – mon sirop mexicain – qui, en moins d’un quart d’heure, me soulagera définitivement du poids de l’existence. Je n’entendrai plus parler du Covid 19, ni des décapitations très en vogue chez les islamistes. De surcroît, je me débarrasserai de ce qu’il y a de plus pénible à supporter dans l’existence : soi-même.


Certes, je loge dans un palace et l’été s’est déroulé comme je l’espérais. À Pully-Plage, j’ai joué pendant des heures au tennis de table sous le soleil. Mais plus personne ne m’attendait dans ma suite 612. Alors, le soir je regardais les chaînes d’info en continu ou des matches de foot. Parfois un film – j’en retiendrai deux : « Babel » de Gonzalez Iñárritu où une jeune Japonaise à l’exquise nudité m’a sorti de mon marasme et « Les sept mercenaires » de John Sturges où j’ai retrouvé Georges Sanders. J’ai bien acheté un livre : « Interventions 4 » de Michel Houellebecq, mais je l’ai vite abandonné pour me repaître des confidences impromptues de personnages tout droit sortis de ses romans dans l’émission de Simon Monceau : « Ça va se savoir ».
J’ai également reçu et feuilleté : « La Vienne d’Hitler » de Brigitte Hamman. Pour d’obscures raisons quand la dépression guette, on en revient toujours à l’oncle Adolf qui ,avant Lacan ,avait compris que plus vous serez ignoble, mieux ça ira. Il m’est même arrivé d’aller à la pêche sur les réseaux prétendument sociaux : c’est dire ma déchéance. Je n’ai pris dans mes filets que des petits poissons. À mon réveil, de plus en plus tardif, je remarquais sur mon IPhone qu’une dizaine de filles me souhaitaient une belle journée. Poli, je leur envoyais des coeurs, parfois des images salaces. Certaines prenaient plaisir à se masturber, bien que je n’aie jamais dissimulé ni mon âge, ni mon délabrement physique et psychique. Mais rien ne les dissuadait. Ainsi va la sexualité au temps du Covid. Ce n’est pas encore l’enfer, juste mes derniers pas avant le Paradis.

3 réflexions sur “DERNIERS PAS AVANT LE PARADIS

  1. Plutôt qu’un flacon, il serait préférable d’opter pour un sachet à diluer qui assure une plus longue conservation, on ne sait jamais. De plus ça prend moins de place sur les étagères, quoique dans la 212 le problème ne se pose pas. Dans les deux cas s’agissant de sirop, on guérit de sa toux malgré les effets secondaires mortels.

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