UN AUTOMNE AVEC MAX PÉCAS

Par un étrange concours de circonstances, le seul livre que j’ai retrouvé en prenant mes quartiers d’été au Lausanne-Palace dans le sac où je laisse mes affaires de sport – et surtout ma raquette de ping-pong pourrie à laquelle j’attribue des vertus magiques – est signé Thomas Morales et s’intitule : «  Un été chez Max Pécas ». Cela tombe bien : j’éprouve un plaisir sans bornes à lire sur Causeur.fr les chroniques dominicales de Thomas Morales, tout comme celles de Jérôme Leroy. Tous ceux que les polémiques sur les religions covidiennes ou islamistes finissent par lasser me comprendront : il y a une jouissance particulière à revenir au siècle passé en compagnie de deux écrivains que je tiens pour les meilleurs de leur génération.
Max Pécas, bien évidemment, est loin d’atteindre les sommets auxquels sont parvenus dans les années soixante Chabrol ( avec «  Les bonnes femmes » ou « À double tour » ), Truffaut ( avec « L’homme qui aimait les femmes » ou « Domicile conjugal » ), Godard ( avec « À bout de souffle » ou « Pierrot le fou » ), sans oublier Jean-Daniel Pollet ou Jacques Deray. Mais Max Pécas visait tout autre chose que définit fort bien Thomas Morales : être un cinéaste balnéaire – comme il y avait des staliniens balnéaires ou des nihilistes balnéaires – qui préfèrent la gaudriole des parasols aux déplorations intellectuelles. Les titres de ses films en font foi : « Les Branchés à Saint-Tropez » et l’inénarrable : « On se calme et on boit frais à Saint-Tropez ». On ressort de cette expérience visuelle, note Morales, le corps barbouillé d’huile solaire et la bouche pâteuse. Trop de déconnade. Trop de maillots de bain. Trop de comique troupier. « Max Pécas n’a aucune limite, écrit Morales. Il laisse le bon goût aux chipoteurs, à tous ces cinéphiles frustrés qui pensent le cinéma comme on résout une équation mathématique. » Il y a chez lui un kamikaze de la caméra qui jette sur la pellicule des filles en topless. Son mot d’ordre : l’éros plutôt que le pathos. À ne pas oublier en période de couvre-feu !
Si j’en parle, c’est aussi parce qu’à dix-huit ans le rédacteur en chef du quotidien socialiste : « Le Peuple » , le regretté Octave Heger, m’avait missionné pour faire un article sur un film de Max Pécas. Lequel ? Je l’ai oublié. Mais le lecteur des « Cahiers du Cinéma » que j’ étais, méprisait ce genre de gaudrioles, mal filmées, mal jouées et dépourvues de la moindre ambition esthétique. C’est dire que Max Pécas représentait pour moi les bas-fonds du septième art. Aujourd’hui, je retournerai volontiers à Saint-Tropez en sa compagnie. À défaut, je relirai son éloge par Thomas Morales. Un documentariste de vacances où le rigolo s’allie à la bimbo, je n’en vois plus guère aujourd’hui. Je le regrette et me trouve un peu con d’être passé par snobisme intellectuel – rassurez-vous, ça n’a pas duré – à côté de Max Pécas. Oui, l’éros plutôt que le pathos !

2 réflexions sur “UN AUTOMNE AVEC MAX PÉCAS

  1. Vous seriez volontiers retourné à Saint-Tropez avec Max Pécas ?
    J’y suis allée juste avant le nouveau confinement pour l’expo de Jacques Monory, ce dandy-gangster qui vous ressemble (chapeau et lunettes entre autres). Sans oublier son colt et la peinture pour ne pas devenir meurtrier, disait-il. Ah ! le bleu de ses toiles illustrant à la perfection le blues de la réalité.
    Et si votre stylo-colt ressemblait aussi au tir de William Burroughs ?… Go on.

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