QUELQUES MAUVAISES PENSEES…

Mon ami viennois, Arthur Schnitzler,  soutenait un soir au café Hawelka que les jeunes filles, ces petits animaux analphabètes et chronophages, peuvent devenir féroces ou se laisser mourir dès lors qu’elles sentent leur amour menacé. La jouissance qu’elles éprouvent à imposer leur présence, non sans malice, l’emporte toujours sur leur orgueil. Elles sont manipulatrices par essence et, simultanément, capables d’un dévouement infini. Tant qu’on les désire, on redoute de les perdre. Mais dès lors qu’on n’éprouve plus rien pour elles, elles deviennent un objet de répulsion. Elles s’en accommodent tant qu’on ne leur retire pas leur gîte et leur pitance. Elles sont certes capables de se suicider pour laisser une trace indélébile dans ce qu’elles imaginent être notre cœur. J’ai déjà connu cela . J’étais jeune alors. Je ne suis plus certain de pouvoir le supporter aujourd’hui encore. Peut-être est-ce le signe que mon déclin est plus avancé que je ne l’imaginais. 

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Saint François de Sales dit que l’esprit de Dieu fuit les esprits qui cherchent trop à se connaître. Il faut beaucoup de simplicité, de naïveté et de générosité pour L’accueillir. C’est dire si je suis constitutionnellement athée. Il m’arrive de le regretter. Dès lors qu’on s’est un peu penché sur soi-même et sur les autres, on n’a plus qu’une envie : prendre la fuite. Finalement, je crois que Dieu et le Suicide, c’est un peu la même chose. Le suicide est la religion de ceux qui n’en ont pas. Choisir Dieu ou choisir le suicide, c’est un même acte de violence, un même refus du monde, un même dégoût de soi, un même sentiment de l’inanité de tout. Peut-être y a-t-il, mais je n’en jurerais pas, un peu plus de grandeur dans le suicide, car la pensée atteint là un dépouillement absolu. En me tuant, c’est l’espoir que je tue. Avoir compris que tout est foutu et en tirer les conséquences, au moins pour soi, voilà la seule philosophie qui me semble acceptable.

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Un auteur espagnol, recensé par La Quinzaine littéraire, soutient que la France est  » le poison de l’Europe « , idée qui était chère à mon ami Cioran. Le XX siècle à été une calamité car il a glorifié une pensée française qui n’a jamais été qu’un sous-produit frelaté de la phénoménologie et du charabia heideggérien. Et ceci qui désolera mes amis francais : c’est sous Louis XIV que l’esprit français a le mieux montré sa vraie nature. Le caractère superficiel et vaniteux de sa culture a alors atteint son apogée. La mainmise du pouvoir d’ État sur l’art a été un désastre, préfigurant le modèle stalinien. Par la suite, la France s’autoproclamera  » modèle mondial « ,  sans avoir jamais rien produit qui ait une dimension universelle. Je n’insisterai pas pour ne pas blesser ceux qui ont une fibre nationale, voire nationaliste. 

« Tempête de Neige » exposé en 1842 de J.W. Turner Snow Storm – Steam-Boat off a Harbour’s Mouth making Signals in Shallow Water, and going by the Lead

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Schopenhauer comparait l’acte sexuel à un crime, viol ou meurtre, suggérant que les aspects les plus insupportables de la femme sont une punition méritée par l’homme, cette dernière n’en finissant pas de se venger des violences qu’elle a subies. Seul le renoncement à la procréation, c’est-à-dire le suicide de l’humanité, serait à même de mettre un terme à cette immémoriale haine des sexes.

Même son ce cloche chez Octave Mirbeau, si apprécié par Bunuel : « La femme n’est pas un cerveau, elle est un sexe, rien de plus. Elle n’a qu’un rôle dans l’univers : celui de faire l’amour. » Elle est l’instrument de l’Inconscient ou de la Volonté qui mène le monde. Son individualité s’efface derrière sa fonction, qui est de perpétuer l’espèce. Créature maléfique, fatale par sa beauté qui transforme les hommes en pourceaux ou en pantins, elles les attire comme l’araignée dans sa toile. 

On comprend dès lors ce personnage de Maupassant qui, d’abord effrayé par le mariage, puis écoeuré  par le « souffle léger des pourritures humaines » qu’exhale pourtant sa fraîche épouse, renonce à la chair en faveur du végétal :  » Oh ! la chair, s’écrie-t-il, fumier séduisant et vivant, putréfaction en marche, qui pense, qui parle, qui regarde et qui sourit….Pourquoi les fleurs, seules, sentent-elles si bons  ? « 

Plus cynique, Baudelaire aimait raconter l’histoire de cet homme qui va au tir au pistolet, accompagné de son épouse. Il ajuste une poupée et souffle à sa compagne :  » Je me figure que c’est toi.  » Il ferme les yeux et abat la poupée. Puis, il dit en baisant la main de sa femme  » Cher ange, que je te remercie pour mon adresse ! « 

J’ouvre au hasard les carnets d’Imre Kertész et je tombe sur cette citation : « On ne passe pas d’une âme à l’autre : on y entre par effraction et on s’enfuit. Encore heureux  – si par peur ou par vanité – on ne devient pas un assassin. »
Je ne pouvais rêver meilleure conclusion à  mes  divagations.

Une réflexion sur “QUELQUES MAUVAISES PENSEES…

  1. En France, « le pays ou l’on préfère un mensonge bien formulé à une vérité mal énoncée » (Cioran), c’est « phénoménologiquement » prouvé: les suicides de filles sont des tentatives qui ont mal tournées (girls15-24: 1 pour 160TS; boys1pour25). Le taux de réussite exceptionnel enregistré dans l’entourage de R.J. semble une exception Japonaise qui nous fait tous rêver, il faut bien l’avouer. On ne dira jamais assez à quel point les Français (surtout les Françaises) sont complétement nuls, et ce bien avant Louis le quatorzième.

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