Woody Allen et l’étudiante de Belfort

Son meilleur film, « Annie Hall » , confession d’une mélancolie poignante – celle des illusions perdues et des amours enfuies – , Woody Allen le clôt sur un mot d’esprit qui m’a beaucoup servi lorsque je me piquais de psychiatrie. C’est l’histoire d’un homme qui consulte un ponte de la médecine et lui dit : «  Docteur, mon frère est fou, il se prend pour une poule ! » « Eh bien, faites-le enfermer », lui suggère le psychiatre. Sur quoi l’homme lui répond : « Je le ferais bien, mais j’ai besoin des œufs ! »

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Commentaire de Woody Allen : c’est à peu près comme ça que j’ai tendance à voir les relations entre les êtres…complètement irrationnelles, folles et absurdes…mais que nous recherchons néanmoins, parce que nous avons besoin d’œufs…

Le plus insensé, c’est cette jeune fille de Belfort qui a vendu ses bijoux de famille pour passer quelques nuits avec moi. J’ignore tout d’elle. Elle me dit être dégoûtée de l’existence, suicidaire et apprécier les Schlager des années soixante, donc correspondre parfaitement à la typologie jaccardienne. Je l’ai vivement dissuadée de me rejoindre rue Oudinot, sans doute en pure perte. Évidemment, il est toujours possible que ce soit une aimable plaisanterie concoctée par mes potes. Sa photo laisse présager le meilleur, ce qui n’est pas un bon signe.

En revanche, j’ai bien reçu ce matin : « Soit dit en passant », l’autobiographie de Woody Allen. J’y reviendrai. Et pour conclure ce mot de Woody : « Je ne crois pas à l’au-delà, mais j’emmène quand même un caleçon de rechange. »

Dans la vie, il n’y a guère que deux choix possibles : une corde pour se pendre ou suivre la voix de la raison. L’étudiante de Belfort a opté pour la raison et remis à plus tard son séjour à Paris. Cela m’a soulagé et donné le temps de me plonger dans l’autobiographie de Woody Allen. Il l’a dédiée à Soon-Yi, « la meilleure d’entre toutes », non sans ajouter malicieusement : elle me mangeait dans la main, jusqu’au jour où j’ai vu qu’il me manquait un bras. C’est sans doute le destin de tout couple qui ne prend pas la décision de se séparer dès lors que la routine s’installe, d’autant qu’en général, l’homme recherche des aventures sans lendemain, alors que la femme veut des lendemains sans aventure.

Dans le cas de Soon-Yi, l’affaire est plus complexe, Woody Allen ayant été accusé d’être un père incestueux et violeur. Difficile dans ces conditions de l’abandonner, d’autant plus que Mia Farrow le poursuivait de sa haine et qu’il était devenu la cible des féministes. Et puis, être un paria offre quelques avantages qu’il énumère avec son humour insubmersible. «  Tout d’abord, écrit-il, on ne vous demande pas sans arrêt de monter sur un podium, d’écrire des phrases élogieuses sur toutes sortes de livres, de sauver des baleines ou de faire des discours pour des remises de diplômes – sans compter qu’un type dont la connaissance de la Constitution américaine se limite à l’amendement qui a aboli la Prohibition n’est pas forcément un bon choix pour inspirer des étudiants. » Il raconte que Hillary Clinton a refusé le don qu’il voulait lui faire pour sa campagne électorale. C’est dire si elle méritait de perdre contre Donald Trump.

C’est d’ailleurs la grande chance de Woody Allen, il y revient souvent, d’avoir eu le sens de l’humour, sinon il aurait fini comme pleureuse professionnelle dans les enterrements ou monstre dans une foire. Son seul regret : n’avoir jamais réalisé un seul grand film. On le lui pardonnera d’autant plus volontiers qu’il a enchanté notre jeunesse ( en tout cas la mienne), la prolongeant jusqu’à lecture de son autobiographie qui vaut bien les quelques nuits que j’aurais passés avec une étudiante de Belfort qui ignore sans doute jusqu’à son existence. Woody Allen dit qu’il aurait volontiers échangé son talent contre celui de Fred Astaire. Je le rassure : il a été notre Fred Astaire.

Une réflexion sur “Woody Allen et l’étudiante de Belfort

  1. Je suis en train de lire cette autobiographie…
    Dans ma bibliothèque un autre de ses livres daté de 2007, recueil de nouvelles désopilantes intitulé « L’erreur est humaine ». On y retrouve son sens du décalage et de l’absurde qui rappelle l’esprit de ses premiers films.
    Avec ceci en 4ème de couverture : « Ce que je sais en physique, c’est que pour l’homme se tenant sur la berge le temps passe plus vite que pour celui qui se trouve en bateau – surtout si ce dernier est avec sa femme.
    (Oserais-je ajouter que certaines femmes pensent de même !)

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