BELA LUGOSI, LE MAÎTRE DES TÉNÈBRES

J’avais joué aux échecs toute l’après-midi. De retour chez moi, j’ouvre un livre déposé devant ma porte. Il s’intitule sobrement : « Bela Lugosi ». Je l’ouvre au hasard et j’apprends que Boris Karloff, alias Frankenstein, et Bela Lugosi, alias Dracula, s’affronteront aux échecs pour la première fois en 1933. Une souche de bois brûle dans la cheminée. Bela et Boris jouent entre eux le droit de disséquer le corps d’une femme qui se trouve dans la pièce d’à côté, hypnotisée et étendue nue sur une table d’opération. « Échec et mat » , siffle Lugosi. On savait vivre en ce temps-là à Hollywood.

Plus surprenant encore, quand Bela Lugosi meurt le 16 juin 1956, il prononce ses mots qui scellent son existence tout entière : « Je suis le comte Dracula, je suis le roi des vampires, je suis immortel. » On raconte que l’acteur Peter Lorre s’était présenté devant la dépouille de Lugosi avec l’intention ( pieuse dans le fond ) de lui planter un pieu de bois dans la poitrine. Boris Karloff, qui l’accompagnait, l’en a dissuadé. Pendant que les deux hommes s’éloignaient collés l’un contre l’autre, un événement surprenant se produisit : une gigantesque chauve-souris noire les suivait de son vol silencieux et feutré. Quand ils ouvrirent la porte qui donnait sur la rue, ils virent l’animal s’empresser de fuir vers le ciel où le soleil était sur le point de se coucher.

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Se souviendrait-on de Bela Lugosi si Tod Browning, arrivé relativement tard à Hollywood, ne lui avait pas confié le rôle de Dracula ? Un drôle de type ce Tod Browning qui avait exercé la profession de clown avant de réaliser un chef-d’œuvre absolu : «  Freaks » en 1932 dans lequel il réunit ses monstrueux collègues d’antan. Le soir, après le travail, il prenait son automobile et disparaissait. Personne ne savait où il habitait. Personne ne lui connaissait de famille. Il tournera avec Lon Chaney, l’homme aux mille visages, qui était pour lui la référence suprême. Avec Bela Lugosi, il trouvera un digne successeur à Chaney : « Dracula » ( 1931 ) et « La marque du vampire » ( 1935 ) demeurent gravés dans la mémoire de tout cinéphile conséquent. En août 1944, les journaux annoncent la mort de Tod Browning. Mais en mars 1953, sa présence est signalée à Malibu. Où est Browning aujourd’hui ? Où est Bela Lugosi , l’immortel Dracula ? Nul n’est en mesure de le dire : les vampires ne meurent jamais. Peut-être joue-t’il aux échecs avec Max Schreck qui fut l’inoubliable Nosferatu dans le film de Murnau.

Un écrivain italien, Edgardo Franzosini, mène l’enquête avec un flair infaillible : il sait tout sur les vampires et cite même l’historien romain, Pline l’Ancien, qui raconte que les malades atteints d’épilepsie accouraient boire le sang des gladiateurs qui venaient d’être tués dans l’arène. Il précise également que Bela se maria quatre fois, certains de ses mariages ne durant guère plus de trois jours : il est dur de vivre avec un vampire. Je n’ai pas précisé que Bela Lugosi était hongrois, mais le lecteur l’aura deviné. Peut-être est-ce là qu’avec un peu de chance une gracieuse personne à l’imagination macabre aura quelque chance de le retrouver….

« Bela Lugosi » d’Edgardo Franzosini. Traduction de l’italien par Thierry Gillyboeuf. Éd. la Baconnière.

Une réflexion sur “BELA LUGOSI, LE MAÎTRE DES TÉNÈBRES

  1. Chacun est un vampire à sa manière…
    « Jetant son encre vers les cieux,
    Suçant le sang de ce qu’il aime
    Et le trouvant délicieux,
    Ce monstre inhumain, c’est moi-même » (Guillaume Apollinaire)

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