MATZNEFF, MISHIMA ET MONTHERLANT

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La France n’aura pas son Mishima. Matzneff aurait pu jouer ce rôle. Son allure l’y prédisposait. Sa morgue également. Avec un peu plus cran, il nous aurait offert avec son ami Giudicelli le spectacle d’une mort glorieuse, indifférente aux calomnies et bassesses de toutes sortes. Un seppuku qui lui aurait assuré une gloire durable, celle-là même à laquelle il a toujours aspiré.

Faute de panache, il geint dans un palace de la Riviera italienne, souffre d’être lâché par les mondains qu’il fréquentait et humilié par la « prunelle de ses yeux », Vanessa Springora, qui lui a donné le coup de grâce en étalant sur la place publique ses caprices sexuels qui, il y a bien longtemps le rendaient enviables et qui aujourd’hui le déshonorent. « O tempora ! O mores »…

Mais c’est lui qui s’accroche à la vie, comme un agonisant à la queue d’un serpent, lui l’ auteur du Suicide chez les Romains, un de ses meilleurs textes repris dans Le Défi. Lui qui fut si proche d’Henri de Montherlant, son maître, qui fit preuve d’héroïsme quand il estima l’heure venue de tirer sa révérence. Il se tira une balle dans la tête et pour être certain de ne pas se rater se mit une une corde autour du cou. Matzneff dispersa ses cendres à Rome.

Évidemment, me rétorquera-t’on, nous comprenons votre déception. Mais n’est-ce pas à vous qui formulez des reproches aussi injustifiés – vous n’êtes pas dans sa peau – de donner l’exemple ? Vous n’avez plus rien à prouver, plus rien à perdre. N’attendez pas des autres une force d’âme qui vous fait défaut.

Je le reconnais volontiers : je suis minable – et sans doute plus que lui – de n’avoir pas suivi l’exemple de mon père. Une voix me souffle : il est encore temps. Mais je me bouche les oreilles. Reprocher à autrui ce que l’on est soi-même incapable de faire, je n’en suis pas fier. Mais je ne désespère pas d’y parvenir. Gabriel Matzneff sans doute aussi. Il faut bien se fixer des buts dans l’existence : la quitter avec panache est mon ultime ambition.

6 réflexions sur “MATZNEFF, MISHIMA ET MONTHERLANT

  1. Bonjour,

    Juste un détail : Montherlant s’est juste empoisonné avant de se tirer une balle. Je trouve que la corde au cou avec le flingue en main ça fait un peu Gotlib et c’est pas très pratique, d’autant que s’il se pend d’abord il a toujours le recours de couper la corde d’une balle comme dans les westerns !

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  2. Martial,

    Sans vouloir chipoter, je ne vois pas de différence. Sinon que la capsule de cyanure était sur la table après le coup de feu. Ça parait invraisemblable et même idiot. Le cyanure devait être absorbé avant pour garantir la mort en cas de blessure non fatale. Montherlant avait des doutes sur la qualité du cyanure mais c’était une « sécurité » de plus. On peut penser que soit il avait oublié de l’avaler, soit il avait ingéré une autre capsule…

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  3. Matzneff a par avance écrit (je ne sais plus trop où, mais il me semble qu’il y revient à plusieurs reprises) que le suicide en telles circonstances, loin d’être une marque de courage, serait un signe de lâcheté (ajoutons : un cadeau fait aux hyènes).

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  4. Pourquoi se priver de la volupté des dernières et meilleures années ? celles de la déchéance et l’humiliation jusqu’à l’ultime ou avec un peu de chance on peut se retrouver en compagnie d’une jeune et belle infirmière dévouée qui vous fera la toilette jusqu’aux parties les plus intimes, chose qu’on a tellement de mal à obtenir quand on est plus jeune et en bonne santé. Je vous vois venir….même si elle vous maltraite ? oui c’est encore un plaisir pareille marque d’intérêt après tant d’années d’indifférence. Personnellement c’est cette douce perspective qui me maintient en vie en tenant à distance l’envie de prendre congé tant que je ne souffre pas physiquement, moralement je suis blindé.
    Messieurs Gabriel et Roland ne se suicideront très probablement jamais comme Cioran leur maître qui n’a rien fait à temps pour échapper à ses dernières années dont il connaissait la teneur. Comble de l’ironie c’est sa compagne qui s’est ôté la vie peu de temps après la fin de la sienne dont il n’avait plus souvenir, finalement le néant l’aura rattrapé de son vivant.

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