À QUOI BON ÉCRIRE ?

Un suicide vaut tous les livres. Qu’est-ce que j’attends ?

Je me demande souvent pourquoi j’écris : pour y voir plus clair en moi ? Par vanité ? C’est une activité d’un si maigre rapport qu’elle sera bientôt délaissée par à peu près tout le monde, à l’exception de quelques tarés et ratés qui se contempleront voluptueusement dans un miroir en éprouvant l’étrange sensation d’être les seuls à posséder le pouvoir d’exprimer ce que plus personne ne veut entendre. Parfois, ils imaginent être les prophètes de l’auto-anéantissement de l’espèce, tout au moins sur le plan spirituel, et ce n’est pas moi qui les contredirai. Au mieux, même s’ils ont tout échoué, ils ont la certitude d’être demeurés fidèles à leurs idéaux, ce qui est déjà un sacré exploit dans cet univers de zombies.

Adolescent, je voulais écrire une histoire du pessimisme qui déboucherait sur une proposition de suicide universel. J’étais imprégné de Schopenhauer. Je le suis encore : je n’ai pas avancé d’un pouce. Ce qui m’a détourné de ce projet excessif, ce furent les nymphettes. Et je me souviens encore de la publicité pour le film de Henry Zaphiratos, Les nymphettes  (il date de 1960) : elles agacent, elles séduisent , elles ensorcellent…« Fleurs du Mal, diable au corps », me rappelle un ami qui a conservé le numéro de Cinémonde qui le portait au pinacle. Je m’essayais alors bien maladroitement à la critique de cinéma pour le quotidien du Parti socialiste lausannois Le Peuple.

Image+courtesy+of+Field+&+McGlynn
« A girl and a gun » : c’était quand même plus excitant que les films tournés aujourd’hui par des femmes pour larmoyer sur leur condition victimaire. Je suis affligé quand je lis dans Madame Le Figaro un article en forme de manifeste soutenant que face à un regard masculin hégémonique s’impose petit à petit un regard féminin qui bouscule les normes et les fantasmes. Ce cinéma sera bien sûr au service de l’égalité et de la diversité. Je crois qu’il est temps que je me remette à mon histoire du pessimisme, histoire de saboter l’empire du bien (la seule mission qui vaille pour un écrivain) et que je revoie les films de Joël Séria (Mais ne nous délivrez pas du mal ou Les galettes de Pont-Aven) dont Ludovic Maubreuil dit que selon le néo-féminisme punitif actuel ils ont largement contribué à la culture du viol. Même le sublime film de François Truffaut L’homme qui aimait les femmes sera bientôt suspect. Conclusion de Ludovic Maubreuil : pour notre époque de normalisation autoritaire, c’est à tous les sens du terme un cinéma inacceptable. J’ose espérer que mes chroniques sont, elles aussi, inacceptables. C’est sans doute leur seul mérite.

Une réflexion sur “À QUOI BON ÉCRIRE ?

  1. En dépit de votre indéniable fidélité aux préceptes de vos maîtres j’envisage la possibilité que vous aviez peut-être les qualités nécessaires pour devenir père voire un bon père . Il aurait tout simplement suffi de trouver la bonne nymphette .
     »L ‘inconvénient d’être …..  » vieux s’en serait trouvé potentiellement apaisé , prostate et quenottes comprises .
    Vous avez suffisamment écrit sur les thématiques cioranesques ; n’est-il pas temps de chercher un thème propice à une forme de rédemption ? Pourquoi ne pas rédiger un texte positif à l’attention de l’hypothétique progéniture qu’une nymphette de passage vous aurait caché.

    Amicalement,

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s