PARADOXES D’UN NIHILISTE…

J’ai perdu mon portefeuille dans un grand magasin parisien. Rien de pire ne peut arriver à un Suisse. Nihiliste, de surcroît.

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– Il paraît, m’a-t-elle dit, que tu as passé un mois sur les sites de rencontre  » coquins « ….

– Oui, des amis m’y avaient incité. Pour me mettre à la page.

– Et pour quels résultats ?

– Plus que déprimants ! J’y ai rencontré pour l’essentiel des cougars en chaleur, des rapaces à l’affût de leur proie et des cœurs brisés….. Oui, elles sont orphelines, oui leur ex les battait et les trompait, oui, elles sont à la recherche d’un homme attentif, fidèle, généreux qui les traiterait comme des princesses. Et je passe sur les stéréotypes aussi nuls que leur maîtrise du français. Collantes, de surcroît.

 

 

 

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Une bonne question – quel écrivain oserait la poser aujourd’hui ? – d’ Henri de Montherlant :  » Peut-on s’intéresser à l’âme d’une femme dont les jambes sont trop courtes, irrémédiablement ? « 

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Qui sait ( moi je l’ignorais en tout cas ) qu’un des premiers écrivains à s’être intéressé à Henri-Frédéric Amiel ne fut autre que le Viennois Hugo von Hofmannsthal dans une étude qu’il intitula :  » Le Journal intime d’un malade de la volonté. » ? Il parle à son sujet du penchant suisse pour les calculs et les formules, d’une virtuosité à établir des distinctions les plus fines possibles et à produire des aphorismes. 

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Quand Luc Weibel demanda à Diane, dix-huit ans, ce qu’elle lisait et appréciait, elle répondit aussitôt :  » Proust, Céline, Laclos !  » On pouvait s’y attendre, mais nous fûmes plus surpris lorsqu’elle ajouta :  » Au-dessus du Volcan  » de Malcolm Lowry. J’ai l’impression que toutes les jeunes Françaises d’un certain milieu et acquises au libertinage ont été biberonnées aux  » Liaisons dangereuses « . Ce n’est pas le cas des apprenties-coiffeuses et des charcutières qui chassent sur le Net.

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Si j’avais une morale ( et j’en ai sans doute une malgré moi ) , elle se résumerait à ces trois mots :  » Tat twam asi « . Traduit du sanscrit, cela donne : Toi aussi, tu es cela. C’est mon mantra depuis qu’adolescent je me suis intéressé au bouddhisme. 

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Goethe disait approximativement que le plus grand génie ne produira pas grand’chose de bon s’il s’entête à ne puiser que dans ses propres ressources.

Nous volons tous – et moi le premier qui ai fait les poches à Cioran  – mais en fin de compte nous serons jugés sur ceci : qui avons-nous volé et qu’en avons-nous fait ? J’espère ne pas avoir démérité.

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Le suicide est de l’ordre du paradoxe : on prend possession de soi-même en même temps qu’on s’en dépossède. Le paradoxe m’enchante. La perte de mon  » cher petit Moi  » m’attriste.

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Je me le suis souvent répété : quand on ne vit plus que pour prouver que l’on a vécu, il est temps de retirer l’échelle. J’hésite à le faire par une lâcheté que je juge assez immonde et qui est néanmoins le seul bien qui me reste …. à part mon portefeuille enfin retrouvé au Bon Marché.

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J’ai souvent l’impression d’être un Kibbitzer, celui qui dans la tradition yiddish , tient des propos saugrenus et fait des plaisanteries de mauvais goût afin d’énerver tout le monde. Et j’ y parviens.

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