Le Titanic ne fera plus jamais naufrage…

Pierre Bayard attribue aux écrivains un don de voyance…

Avec un essayiste aussi talentueux que Pierre Bayard, le Titanic est encore promis à un bel avenir : peut-être pas pour ses passagers, mais pour les romanciers qui décrivirent, bien avant son naufrage, et avec un luxe de détails inouïs, l’ampleur de la catastrophe. Ce fut le cas, notamment, de Morgan Robertson dans son roman :  » Futility  » dont la lecture amena Pierre Bayard à se demander si les grands écrivains n’ont pas un don de prophétie : Kafka par exemple, ou Werfel ou Zamiatine, voire Houellebecq. Et si tel était le cas, pourquoi personne parmi ceux qui détiennent une forme de pouvoir, ne se soucie-t-il de la capacité annonciatrice de la littérature.

Mais des objections viennent immédiatement à l’esprit. La première tient à une forme de coïncidence, troublante certes, mais finalement assez banale. La seconde à la loi dite de Murphy qui décrète  que tout ce qui est susceptible de mal tourner s’achève inévitablement mal. En prévoyant le pire, on est assuré de ne jamais se tromper…. Tout au moins à long terme.

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L’originalité et l’humour du livre de Pierre Bayard tiennent à ce qu’il repose toujours sur des exemples précis et inattendus comme celui de ce journaliste féru de parapsychologie qui embarqua sur le Titanic dans le seul but de vérifier ses intuitions et ses prédictions publiées six mois auparavant. Il fut sans doute un des rares passagers à éprouver  un soulagement en assistant au naufrage du Titanic.

Pierre Bayard suggère que les écrivains ont une fonction d’éveil  parce qu’ils acceptent de voir et de ressentir avec un temps d’avance ce que à quoi leurs contemporains ne tiennent pas à être confrontés. En sa compagnie, nous naviguons entre des  icebergs qui ont pour noms : psychanalyse, parapsychologie, histoire littéraire et politique. Il nous offre un voyage palpitant, toujours inattendu et sans le moindre danger, à moins bien sûr que nous ne soyons saisis pendant notre lecture par cette folie des grandeurs, cette  » hubris  » contre laquelle les Grecs, ceux d’autrefois, mettaient en garde les mortels. Il est vrai que sans cette  » hubris  » il n’y aurait peut-être pas non plus de littérature qui vaille.

Pierre Bayard. Le Naufrage du Titanic . Éd. de Minuit. 16 Euros. 170 pages.

Article paru dans le numéro d’octobre du Service Littéraire

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