Cioran et Leopardi: l’homme est un animal taré…

Dans une revue italienne,  Mario Andrea Rigoni qui fut l’ami et le traducteur de Cioran – et également un des meilleurs connaisseurs de Leopardi – dit ce qui unit ces deux penseurs et il le dit si bien que je lui laisse la parole.

Cioran et Leopardi partageaient l’expérience capitale de l’ennui, c’est-à -dire du sens de la vacuité universelle des choses qu’ils percevaient…non seulement au niveau de leur pensée, mais de leur chair même. C’étaient tous deux des sceptiques, dépourvus de toute illusion, bien qu’ils aient reconnu la nécessité de celle-ci pour la vie et pour l’histoire. Ils voyaient l’homme comme un animal taré dés l’origine et ayant quitté la voie de la nature jusqu’au point de constituer une anomalie menaçante marchant fatalement vers sa propre destruction. Telle fut la cause première de leur anti-historicisme et de leur anti-humanisme radical.

Si l’on n’a pas qu’entrevu cela, autant renoncer à lire Leopardi, Schopenhauer ou Cioran. Les innombrables ouvrages sur le développement spirituel et l’amour des enfants –  j’ai pu vérifier de visu l’horreur qu’inspirait la procréation à Cioran quand mon ami Christian Delacampagne est venu lui rendre une visite accompagné de sa femme enceinte – devraient suffire en cette période de Noël qui est un vrai cauchemar pour tout nihiliste conséquent… à moins qu’il n’ait suffisamment d’humour et d’argent pour se cloîtrer dans un palace helvétique.

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C’est d’ailleurs ce à quoi Cioran aspirait.

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Charles Bukowski inédit: bon dieu les chiens aboient des couteaux

Inédit en français, extrait du recueil «The People Look Like Flowers At Last» (2008). Copyright Yves Sarda pour la traduction française.

 

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bon dieu les chiens aboient des couteaux

et sur les monte-charges

des bonhommes en meccano

décident de ma vie et de ma mort ;

les faucons louchent

et il n’y a rien à sauver ;

faites-nous connaître l’impossible

faites-nous savoir que les hommes forts meurent en meutes,

faites-nous savoir que l’amour s’achète et se garde

comme un chien-chien – un chien qui aboie des couteaux

ou un chien qui aboie de l’amour ;

faites-nous savoir que vivre sa vie

parmi des milliards d’idiots à la sensibilité moléculaire

est un art en soi ;

faites-nous connaître les matins les nuits et

la perfidie ;

laissez-nous partir avec l’hirondelle

laissez-nous lyncher le dernier espoir

laissez-nous trouver le cimetière des éléphants

et le cimetière des fous ;

laissez ceux qui chantent des chansons de leur invention

laissez les chanter aux idiots aux menteurs

et aux planificateurs stratégiques

dans un jeu trop ennuyeux pour les enfants ;

il n’y a qu’une unique façon de vivre

c’est seul,

et une unique façon de mourir, c’est pareil ;

j’ai entendu défiler leurs armées au pas

toutes ces années ;

que c’est fastidieux –

ce qu’ils visent et ce qu’ils ont gagné ;

que c’est fastidieux qu’ils soient mes maîtres

et me suivront sans doute dans la mort

ajoutant davantage de mort à la mort ;

la voie est entièrement creuse –

je touche un petit anneau à mon doigt

et respire l’air

battu.

 

 

Une soirée à Genève…

Par Jean-François Duval, que nous remercions chaleureusement.

 

J’étais hier soir à l’une des ventes aux enchères (elles durent toute cette fin de semaine) de la maison créée par mon neveu (avec 2 associés). En y assistant, j’ai l’impression amusante d’entrer de plain dans un bouquin de Balzac. Ce midi, un Bouddha, estimé 1200.- francs suisses est
parti à 550’000.- francs. Personne ne s’y attendait (ou tout le monde avait oublié que certains Chinois s’offrent davantage que des Rolex). Si d’ailleurs je t’en parle, c’est que je suis encore sous le coup ! Il y aurait sans doute  bien des distinctions à faire entre le jeu et l’achat d’objets
aux enchères, mais j’ai par instants des poussées d’adrénaline (à l’occasion de la montée fiévreuse des enchères pour ce divin Bouddha par exemple) qui me font beaucoup mieux comprendre la passion dévorante
du Joueur, et l’espèce de «shoot » qu’on peut en attendre.

Vues aériennes / Aerial view

En plus, Genève Enchères est situé en plein milieu des Pâquis. Je n’avais depuis longtemps pas passé par là de nuit. Or, Genève by night a beaucoup changé: les filles en vitrine sont bien plus belles qu’à Amsterdam.
On les dirait figées dans ces mêmes postures de mannequins que tu filmes parfois à Lausanne. L’une, formant avec deux autres un trio, m’a adressé un petit signe de la main, et j’ai fait pareil. On avait probablement tous les deux besoins d’être encouragés.

Te suis quasi journellement sur Youtube. En un sens, tu m’épargnes d’avoir à vivre une vie quotidienne réclamant des efforts dont je me sens bien incapable moi-même (que tu en sois loué!). D’où l’utilité
aussi de ces quelques «shoots» bouddhiques.

Amitiés fidèles  !

Jean-François

Apocalypse islam ?

Une menace pèse sur l’Europe : l’islam. Est-ce une religion ? Un mode de vie ? Une machine de guerre ? Personne n’est en mesure de répondre. Mais chacun pressent qu’une guerre civile est en cours. Parfois larvée, parfois violente, mais omniprésente. Certains pays, comme la Belgique ou la France,  plus fragiles que d’autres, ont réagi en fermant leurs frontières. L’état d’urgence n’est plus l’exception, mais la règle. Le temps du vivre-ensemble, du communautarisme, du respect des religions appartient déjà au passé. En effaçant les frontières, on a construit des murs. L’ère de la kalachnikov  a succédé à celle des bisous. Une vision apocalyptique de l’avenir se construit dans les têtes quand elle n’est pas déjà présente dans les rues, les stades ou lieux de culte. Ne pas stigmatiser, c’est encore le stigmatiser. Et même si l’on craint de nommer l’ennemi, il est déjà désigné. Lui-même s’en réclame : c’est l’islam. Celui de hier ou celui d’aujourd’hui ? Peu importe. Il frappe où il veut, quand il veut, comme il veut. Il a un embryon d’Etat, des soutiens financiers et militaires. Et même des concurrents qui ne savent pas vraiment comment s’en accommoder. Au Proche-Orient, bien sûr.

En France, la panique a gagné les esprits : on croyait les musulmans assimilables : ils ne le sont pas. On croyait le Coran un Livre Saint. Il ne l’est pas. On croyait pouvoir acheter la paix sociale à l’aide de subventions. On n’a fait que la preuve de notre faiblesse, de notre niaiserie, de notre pacifisme bêlant. On a refusé de voir que l’ennemi s’infiltrait à l’intérieur de notre civilisation, cependant qu’il s’étendait dans le monde entier. Et maintenant, l’heure de résister a sonné. Les premiers a combattre ce cancer, et les mieux armés, sont les musulmans eux-mêmes, car ils ont déjà développé des défenses immunitaires. Ils savent que leur religion qui a, sans doute de bons côtés,  mais le nazisme et le communisme en avaient aussi, a engendré un docteur Frankenstein qui sème la mort avec une prodigalité quasi divine, sans doute pour mieux la dominer, tout en se réclamant d’un Dieu devenu fou furieux et avec l’aide d’hommes d’affaires qui anticipent sur l’avenir : une islamisation douce ou brutale de la planète conforterait leur pouvoir. Après tout, la religion est aussi un business. Et comme l’Eglise catholique l’a montré au fil des siècles, un des plus juteux qui soit. Surtout quand le pétrole commence à manquer…

Une Europe en voie de décomposition morale et intellectuelle regarde avec des mines de vierge effarouchée ces milliers de migrants qu’elle accueille avec suspicion en se demandant s’ils représentent un danger ou une aubaine. Certains évoquent un Grand Remplacement des populations, voire une bombe démographique qui, à terme, signerait notre perte. D’autres évoquent l’égoïsme glacial de ceux qui refoulèrent les Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale et disent :  » Plus Jamais Ça !  » .  D’autres enfin ,dans des accès de masochisme , se félicitent d’une revanche des populations humiliées par le colonialisme et le capitalisme : après  » Tintin au Congo « , voici venu le temps tant attendu des Congolais dans le pays de Tintin. Une Europe dépourvue de moyens de défense et déboussolée se tourne tantôt vers Obama qui est aux abonnés absents, tantôt vers Poutine qui bombe le torse, voire vers les Chinois dont on sait le plaisir qu’ils éprouvent à humilier les musulmans : pas de mosquées de plus de deux mètres de hauteur.

Faut-il bombarder quotidiennement l’Etat islamique un peu au hasard pour calmer la partie la plus belliqueuse de l’Opinion ? Faut-il, au contraire, reconnaître ce nouveau califat et y reléguer tous ceux qui nous menacent au nom d’Allah ? Qui sont nos alliés ? Qui a juré notre perte ? Nul ne le sait vraiment, d’autant que le raffinement de ceux qui s’expriment en français, coïncide rarement avec la violence des propos qu’ils tiennent en arabe. Certes, l’homo festivus, mou et conciliant, continue à croire en sa supériorité. L’alcool, les mini-jupes, le mariage gay, l’avortement libre, les droits des femmes, voire la sécurité sociale et l’exception culturelle française, impensable que même les plus enragés des islamistes n’y succombent pas. Qui résisterait à Brigitte Bardot ?  Tout ce à quoi nous assistons présentement n’est qu’un mauvais rêve, un cauchemar dont nous n’allons pas tarder à nous réveiller. À titre personnel, je doute que ce soit le cas. Nous perdrons la guerre, car personne ne veut mourir pour son patrie et son style de vie. Il n’y a qu’une chose que les hommes préfèrent à la liberté, disait Dostoïevski, et c’est l’esclavage. La forme que prend l’islam aujourd’hui ne nous décevra pas sur ce plan. Et la plasticité du psychisme humain nous amènera après quelques convulsions planétaires à trouver finalement assez normal ce qui nous semble aujourd’hui odieux ou menaçant. Sans doute payons-nous le fait de nous être laissés embobiner par des discours mielleux sur la paix et l’amour universels. Et d’avoir oublié que l’avenir se présente invariablement sous la forme d’une botte piétinant un visage humain…éternellement.

Entretien (imaginaire) avec Carl Gustav Jung: épilogue

Face à face: Jung et Pauli

Ces deux géants du XXème siècle, l’un physicien (né à Vienne, prix Nobel en 1946), l’autre psychologue, tentèrent d’approfondir leur réflexion par une confrontation mutuelle, une correspondance de quatre-vingt lettres, étalée entre 1932 et 1958, et qui requiert pour être comprise de solides connaissances scientifiques.

L’une des curiosités de cette correspondance est l’importance que jouèrent dans la vie intellectuelle de Pauli Lao-Tse et Schopenhauer, qu’il incite Jung à lire et à méditer. De son côté, Jung reconnait volontiers sa dette à l’endroit d’Einstein qu’il invita souvent à diner, et de Pauli dont il interpréta les rêves.

Ce dialogue comporte même des anecdotes inédites sur l’histoire de la psychanalyse, comme celle de Pauli racontant à Jung qu’Ernst Mach, pas prude pour un sou et très intéressé par tous les courants intellectuels de son époque, émit un jour un jugement sur la psychanalyse. Voici ce qu’il dit:

« Tous ces gens veulent utiliser le vagin comme une longue-vue pour observer le monde. Mais ce n’est pas là sa fonction naturelle, il est bien trop étroit pour cela. »

Mach était par ailleurs le parrain de Pauli. Le jour de son baptême, il avait déposé sa carte sur laquelle on pouvait lire: « Mach, d’origine antimétaphysique ». Mach considérait la métaphysique comme le diable en personne, et il professait qu’il fallait utiliser avec la plus grande circonspection tous les processus de pensée, voire les éliminer. À ce titre, le parallèle dressé par Pauli entre Jung et Mach ne laisse pas de surprendre.

 

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Entretien imaginaire avec Carl Gustav Jung, 6/7

9d5d71c17635a29e8923f593007b2a8f– Au cours de ma longue expérience psychiatrique, je n’ai jamais rencontré de mariage qui se suffît à lui-même. Une fois, j’ai cru l’avoir rencontré, parce qu’un professeur allemand m’avait assuré que c’était le cas du sien. Et puis, un jour, lui rendant visite à Berlin, j’ai découvert que sa femme avait un appartement secret… Un mariage qui serait entièrement consacré à la compréhension mutuelle serait mauvais pour le développement de la personnalité individuelle. L’homme et la femme se réduiraient au plus petit dénominateur commun, qui est quelque chose comme la stupidité collective des masses.

En prenant mon manteau dans l’antichambre, je sentis que Carl Gustav Jung m’observait.

« Est-ce une vieille maison ? » Demandai-je pour combler le vide avant de dire au revoir.

– Non, mais construite dans le style ancien. » Il sourit. « Vous savez, je suis conservateur. »

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Entretien imaginaire avec Carl Gustav Jung, 5/7

– Des centaines d’exemples démontrent au psychologue l’existence de ces deux âmes à l’intérieur de tout homme. En exerçant leur imagination, que j’appelle la mère de la conscience humaine, beaucoup de mes patients ont peint des images et décrit des rêves présentant une étrange similitude avec des images de temples hindous et chinois. Où ces gens étaient-ils censés avoir pris connaissance de ces cultures religieuses d’Extrême-Orient ? J’ai soigné des patients dont les visions se rapportaient à des événements vieux de plusieurs siècles. Tout cela ne peut venir que de l’inconscient, de l’âme impersonnelle… L’homme contemporain n’est que le dernier fruit de l’arbre de la race humaine. Aucun de nous ne sait ce que nous savons.

– Comment voyez-vous les relations entre les hommes et les femmes ?

– Le premier intérêt de l’homme devrait être son travail, tandis que le travail de la femme, son occupation, c’est l’homme. Oui, je sais que dire cela fait l’effet d’une philosophie de mâle égoïste. Mais qui dit mariage dit foyer. Et le foyer est comme un nid : il n’y a pas place pour deux oiseaux à la fois ; l’un est assis dedans, l’autre est perché sur le bord, observe alentour et s’occupe de toutes les tâches extérieures. Quitte à passer pour cynique, j’ajouterai ceci : l’instinct pousse la femme à capturer et à garder un seul homme. L’instinct pousse l’homme à avoir le plus de femmes possible.

– Vous estimez donc que la fidélité dans un couple n’est pas possible…

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