François Roustang, jésuitisme et psychanalyse…

Même quand il était chez les Jésuites, François Roustang refusait de lire les ouvrages de piété. Il a appris, en revanche, la contemplation dans l’action. Peu importe quelle forme  de contemplation ou de méditation pourvu qu’elle soit justifiée par l’intelligence. Ce qui donnait accès à une liberté d’esprit presque sans limite.ignace_loyola Liberté dont cet hérétique dans l’âme qui faisait des sermons en allemand à la cathédrale de Munster et qui traduisait Ignace de Loyola, a sans doute abusé, critiquant dans la revue Corpus, les encycliques papales au point d’être pris à parti par le Père de  Lubac, « un type très bien s’il n’était pas devenu cardinal », ajoute-t-il.

Quant à la psychanalyse, il en garde surtout les premiers écrits – ceux concernant l’hypnose. Il m’a d’ailleurs incité durant cette soirée à lire attentivement Traitement de l’âme (1890) de Freud, ce que je me suis empressé de faire. Freud qui tâtonne alors à la recherche de nouveaux moyens pour guérir ces patients « nerveux » note qu’un médecin à la mode a beaucoup plus de chances de réussir dans sa pratique qu’un simple débutant inconnu : le psychisme n’est pas individuel, mais social. Et c’est sans doute le coup de génie de Freud d’avoir relié l’ontogenèse à la phylogenèse, offrant ainsi à chacun un horizon bien plus vaste que celui dans lequel nous enferment aujourd’hui un cognitivisme ou un comportementalisme  étroit.

Mikkel Borch-Jacobsen, qui est si proche de François Roustang, vient d’ailleurs de publier aux éditions l’Iconoclaste tous les textes retraçant l’itinéraire du jeune Freud, de Paris à Vienne, et quiconque s’intéresse à l’histoire de la psychanalyse devrait aussitôt se procurer cet opus magnum richement illustré par qui s’intitule sobrement L’Hypnose.teaser_hypnose On oublie trop souvent que Freud a été pendant dix ans hypnotiseur, tout comme Roustang, et également qu’il s’est passionné pour la télépathie et tout ce qui concernait la parapsychologie. Eût-il dû refaire sa vie, a-t-il  souvent dit qu’il n’aurait pas choisi d’autre sujet d’étude. J’ai hâte de revoir François Roustang pour évoquer avec lui cette part méconnue  de Freud. Et de lui demander s’il est vraiment possible de mettre un terme à la plainte des humains, sinon en les hypnotisant, tant ils me paraissent inconsolables : d’éternels enfants qui réclament toujours de nouveaux jouets tout en pleurant sur ceux qu’ils ont brisé ou, pire encore, qu’ils n’ont jamais eus. À une plainte sans fin, François Roustang oppose la fin de la plainte. Je n’y crois guère : la religion, la psychanalyse et même la danse, sans parler de l’art, ne sont que de vastes récéptacles d’une souffrance que rien ne peut soulager, sinon le sentiment qu’elle est pire encore pour autrui.

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