Souvenirs sur Sigmund Freud, épisode 3

Et cette affaire de matelot ?

Il m’écouta pendant près d’une heure sans m’interrompre et sans me regarder. Souvent il riait doucement. Il dit enfin :

– Récapitulons brièvement. Votre père était capitaine de navire et plus tard professeur de navigation à l’école navale de Riga, et vous avez passé votre jeunesse parmi des  matelots et des hommes de barre. La mer est donc quelque chose pour vous comme un symbole réel. Mais d’où vient cette rigueur, cette raideur dans vos vues ?

– Je m’y suis astreint moi-même et me suis même quelque peu rudoyé, répliquai-je. Je craignais de me dissoudre et de m’égarer tout à fait.

– Aha, dit-il seulement. Après un temps, il continua : votre père n’était-il donc pas sévère avec vous ?

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– Non, répondis-je. Il était mon meilleur ami et nous nous comprenions aux plus légères allusions. Seulement, je ne lui avais rien dit de mes ridicules et malheureuses histoires d’amour avec une jeune fille et avec une dame plus âgée, ni de ce que, une fois ou l’autre, je m’étais follement entiché d’un matelot que j’aurais bien dévoré de baisers. Je craignais qu’il ne le prît peut-être pas au sérieux et qu’il se moque de moi. Il ne m’aurait certainement fait aucun reproche. Moi-même je n’avais pas grand chose à me reprocher… sauf que je n’avais pas osé et, plus tard, quand j’étais au lit…enfin…vous me comprenez…

– Bien sûr, bien sûr, grommela Freud. Et cette affaire de matelot ne vous a pas troublé davantage ?

– Jamais, dis-je. J’étais devenu éperdument amoureux. Et quand on est amoureux, tout va pour le mieux, non ?

– Pour ce qui est de vous, à coup sûr, répondit Freud qui tout à coup éclata de rire. Vous vous êtes alors aussi pris en main…Ah ! pris en main, cela vient de m’échapper…et vous êtes devenu sévère à la fin envers vous-même. C’est que l’on appelle l’éducation de soi-même et tout est pour le mieux pourvu qu’on ne s’y crispe pas. Et vous n’avez pas l’air crispé…C’est bien enviable, vous avez une bonne conscience, vraiment enviable. C’est ce dont vous rendrez grâce à votre père. Et votre mère…?

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Ici, le suspens devient insoutenable. À demain pour la suite de cette charmante histoire !

 

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