Les détecteurs de pédophiles…

Il existait des détecteurs de mensonges dont l’efficacité était pour le moins douteuse. Le psychologue suisse, Carl Gustave Jung,  était à l’origine de cette découverte qui nous enchantait dans les films américains des années cinquante, surtout quand il s’avérait que le coupable n’était pas celui que la police scientifique avait désigné.

Il existera bientôt des détecteurs de pédophilie – la hantise de l’époque – qui nous permettront de distinguer qui est dangereux, peu ou prou, et qui est susceptible de récidiver en enregistrant les réactions cérébrales et physiologiques à des images lascives de petits garçons et de petites filles dénudées. Un bon moment pour ceux qui feront passer le test, un sale quart d’heure pour les amateurs de Lolitas, un malaise cardiaque assuré pour les émotifs.

Ces appareils, mis au point au point avec l’argent de la Confédération helvétique par les universités de Bâle et de Zürich, évalueront même l’efficacité des thérapies mises œuvre pour remettre le délinquant sexuel dans le droit chemin. On devrait d’ailleurs développer ce type de technologies pour nous assurer que tel lecteur du Coran n’est pas un futur terroriste ou que telle jeune jeune fille fashionvictime ne succombera pas aux délices de l’anorexie.

Bref, pour l’instant, les enfants eux au moins sont protégés et les « vilains messieurs » – on se demande d’ailleurs pourquoi les femmes sont exclues de ce cercle – devront se tenir à carreau ou redoubler de vigilance. Il va de soi que nous ne pouvons que nous en réjouir, même si nous savons que le diable dispose souvent d’une redoutable avance sur toutes les technologies … et que ces dernières font sans doute partie de ses desseins.

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Samedi 17-10: Et si on faisait appel à un exorciste ?

J’ai été saisi d’hallucinations en regardant, comme d’habitude le samedi soir, On n’est pas couché. Laurent Ruquier sautillait de plus en plus sur son fauteuil, Léa Salamé semblait possédée par Aymeric Caron, son ancien partenaire. Elle soutenait avec une ferveur hystérique le bilan de François Hollande face à Virginie Calmels, adjointe d’Alain Juppé, qui, elle aussi, portait une voix qui n’était pas la sienne : celle d’une France en souffrance qu’elle veut sauver par une gestion efficace, comme elle l’a fait (ou pas, je n’en sais rien) à Endemol, à Canal et à Eurodisney. Je ne me permettrai évidemment pas de mettre en doute ses capacités de femme d’affaires, mais quand elle juge Juppé si moderne, si efficace, si chaleureux un doute me vient : et si, elle aussi, souffrait d’une identification hystérique à son boss. Vivement un exorciste ou un psychanalyste, me suis-je dit. Au moins, nous aurions droit avec l’exorciste à des scènes moins convenues et avec le psychanalyste à un silence plus reposant que les invectives de ces deux dames. Je précise que l’une d’elles, Virginie Calmels, a retrouvé ses racines – mot-clé – à Bordeaux et qu’elle aspire à diriger la région Aquitaine tout en conservant ses émoluments d’Eurodisney, ce ce qui a occupé une large part du débat. Entre possession et mesquinerie, c’est toujours la mesquinerie qui finit par l’emporter.

On avait sans doute prié Yann Moix de donner dans la sobriété, ce qu’il a fait.
Il a trouvé « bouleversant » le témoignage d’une animatrice de télévision dont l’enfant est polyhandicapé. Le père, bien sûr, comme quatre vingt pour cent des pères dans cette situation, a pris la fuite. Églantine Eméyé dont le livre s’intitule Le Voleur de brosse à dents est restée très digne, confirmant ce que j’ai cru comprendre quand j’étais enfant: les grandes douleurs sont muettes et donnent à celui qui les affronte une force intérieure qui impose le respect.

En revanche, celui qui n’impose ni respect, ni empathie, c’est Laurent Baffie possédé lui, par une forme d’autosatisfaction qui l’a conduit à traiter Yann Moix de « merde » et, surtout, par un logiciel d’anagrammes – un anagrammeur – qui lui a permis de concocter un « Dictionnaire des noms propres » que je ne conseillerai à personne et surtout pas à ceux, linguistes, psychanalystes, poètes, qui ont pour la langue un véritable amour.

Heureusement, Arielle Dombasle était présente pour sauver ce qui pouvait l’être de cette lugubre soirée. Délicieuse comme toujours, elle est possédée par le rockabilly qu’elle renouvelle avec le groupe suisse: The Hillbilly Moon Explosion. Du Superoldie, oui. Mais avec Tarantino en plus et des clips à tomber en extase. Tout le monde pour une fois était sincèrement d’accord sur le plaisir que provoque ce nouvel album d’Arielle Dombasle, à l’exception de Léa Salamê qui se prenant pour la jeune de service le trouve daté et ringard. Pour la ringardise, elle repassera après s’être faite exorcisée. Arielle, elle, n’en a nul besoin. Elle plane – et nous avec elle.

Nazisme, islamisme et paternalisme…

Il est toujours troublant, quand on suit par mégarde un débat à la télévision (par exemple Ce soir ou jamais, hier 16 octobre) et qu’il est question d’Israël et de la Palestine, de ne jamais entendre un participant rappeler les liens plus qu’étroits entre les nazis et les musulmans, alors que de nombreux ouvrages d’historiens ont rappelé des faits qui projettent sur l’actualité récente un passé peu glorieux. Depuis le grand mufti El-Husseini de Jérusalem, un père spirituel d’Arafat, qui projetait en 1946 de poursuivre le combat d’Hitler jusqu’à Sayyid Qutb – le Karl Marx du monde musulman – pour lequel tout ce qui est juif est mauvais et tout ce qui est mauvais est juif… Haine des Juifs donc largement partagée et haine des Américains dans une logique imparable du Complot.

Le dernier livre paru sur ce sujet est Djihâd et haine des juifs de Matthias Küntzel (Le Toucan) avec un avant-propos de Boualem Sansal qui, lui au moins, est conscient du problème. Sans comprendre pourquoi les Européens  se montrent d’une incroyable hypocrisie dès lors qu’on détricote le fil rouge de cette haine  congénitale des Juifs qui débute avec Mahomet à Médine et se poursuit avec l’Intifada présente.

Mais d’où vient, selon l’historien Matthias Küntzel interrogé dans Le Point (n°2249), cette occultation de la réalité par les intellectuels ?  Pourquoi les appels à détruire Israël et à exterminer les Juifs ne sont-ils pas pris au sérieux ?

Réponse de Küntzel: « Parce que les Arabes sont condamnés à jouer le rôle des opprimés que des intellectuels condescendants cherchent constamment à excuser. »

Il s’agirait d’une forme de racisme paternaliste, le racisme étant la chose la mieux partagée du monde, y compris par ceux qui se montrent le plus vigilants à son égard. C’est une hypothèse. Il y en a sans doute d’autres. À chacun d’en tirer ses conclusions … provisoires. Forcément provisoires.

Quand Lacan colonise la psychanalyse: le témoignage d’Octave Mannoni.

Ce 9 décembre 1981

Cher Roland Jaccard,

Je vous écris cette lettre, pour que vous en fassiez ce que vous voulez, au sujet du Séminaire de Lacan sur les Psychoses. C’est probablement le meilleur de tous les séminaires qu’il ait prononcés. On s’aperçoit en le lisant que la psychose – plus précisément la paranoïa, a toujours été au centre de ses intérêts, depuis l’époque surréaliste où il partageait avec Dali un enthousiasme pour la méthode « paranoïaque-critique » et c’est aussi sur ce sujet qu’il a fait sa thèse de médecine, comme on sait.

Les quatre pages (148-152) dans l’édition imprimée qui, en apparence, sont une digression réactionnaire, sont probablement les plus belles qu’il ait écrites, et je me rappelle encore, car j’assistais en 1955 à ce Séminaire à Sainte-Anne, avec quelle admiration je les avais entendues. Il s’agit d’une analyse saisissante de l’Umwelt socio-politique, qui est le cadre où fleurit la paranoïa… Nous avons tendance à oublier un peu ce que fut le grand Lacan avant les « noeuds borroméens » et les mathèmes.

Tout le Séminaire n’est pas consacré à la paranoïa. Il y a même toute une longue partie qui est consacrée subtilement à des questions grammaticales héritées de Pichon. Le reste traite tantôt de la façon dont l’analyse peut éclairer la psychiatrie au sujet de la paranoïa – mais aussi, et c’est peut-être à ses yeux plus important – de la façon dont la paranoïa éclaire l’analyse. Freud a dit, parlant aux analystes: « la névrose est notre métropole »; le reste, sciences humaines et psychiatrie étant comme des « colonies »… Mais on peut dire que pour Lacan c’est le contraire: sa patrie c’est la paranoïa – et c’est de là qu’il a entrepris de coloniser la psychanalyse. Dans ce livre III, comme ailleurs, mieux qu’ailleurs, c’est parfaitement évident.

Ce Séminaire n’est pas véritablement inédit. En 1955 Lacan nous a donné, à quelques uns de ses élèves, des exemplaires photocopiés transcrits par les sténographes. Il me semble qu’à Sainte-Anne on n’employait ni magnétophones, ni micros, et j’ai l’impression qu’on entendait beaucoup mieux l’orateur.

À comparer le texte imprimé aux photocopies, on remarque d’abord qu’il ne contient que 60% du texte original. Je m’en suis aperçu parce que j’ai cité dans mes livres certains passages et que je ne les retrouvais pas dans le nouveau texte. Cela m’a rendu un peu méfiant. Lisant avec attention j’ai sursauté, plusieurs fois, devant des erreurs qui, sans doute, ne peuvent pas égarer un vieux lacanien, mais qui opposeront à des débutants des problèmes quasiment insolubles. Par exemple, page 128, Lacan dit (dans les termes du texte de 1981) que le MOI, comme une sorte d’écran, nous protège contre un certain discours inconscient (je simplifie) et ajoute « cela n’est pas tiré de l’analyse des psychoses, ce n’est pas la mise en évidence, une fois de plus, des postulats de la notion freudienne de l’inconscient ».

Si ce pas m’a fait sursauter, quel effet fera-t-il à un débutant ? J’ai d’ailleurs vérifié sur la photocopie, où au lieu de pas, on trouve que, évidemment. C’est-à-dire exactement le contraire. Or il y a souvent de telles inexactitudes, par exemple un « qui » manque page 123, ce qui produit un sens mystérieux. Il est quelque part question d’une invention du signifiant alors, naturellement, qu’il s’agit d’une intervention du signifiant. Mais cette « invention » fera peut-être un chemin merveilleux chez des étudiants suggestibles…

Je ne me suis pas essayé au travail fastidieux de collationner imprimé et transcription. Cela ne m’est pas nécessaire, je peux corriger de moi-même. Cela me gêne un peu plus que ce style lacanien qui ressemble un peu à un lion ébouriffé finisse par faire penser à un caniche un peu tondu.

Pour ce qui est de la théorie de la paranoïa, telle qu’elle sera présentée dans les Écrits, elle n’est ici qu’à peine ébauchée, et encore aux yeux de ceux qui connaissent la suite, dans l’opposition du refoulement à la « forclusion ». Il s’agit essentiellement d’un commentaire sur le texte que Freud a consacré à Schreber, et, à partir de ce qu’on peut tirer de ce commentaire, on voit se modifier les bases de la théorie analytique – c’est pourquoi je disais, ce qui n’est qu’une perspective, que Lacan, installé dans la psychose colonise la psychanalyse – alors que le lecteur moyen s’imagine que c’est l’inverse.

Voilà, cher Roland Jaccard, les impressions dont je peux vous faire part. Vous les utiliserez comme vous voudrez. Si vous voulez me nommer, dîtes, par exemple, que vous vouliez avoir l’avis que quelqu’un qui en 1955 assistait à ce Séminaire. Et ainsi vous pourrez citer mon nom si vous voulez – je n’userai pas du droit de réponse ! Pour cette même raison, je ne citerais pas le nom de celui qui a massacré le texte…

Octave Mannoni

P.-S.: Arrivera-t-il à Lacan la même chose qu’à Nietzsche, publié par ses héritiers et qu’il a fallu rééditer pour avoir le texte authentique ?

Samedi 11-10: Un quart d’heure avec Claude Bartolone et Joël Dicker.

Faut-il l’imputer à mon téléviseur qui rendait l’âme ou au peu d’entrain qui régnait sur le plateau de Laurent Ruquier ? Toujours est-il que dans les brumes matinales, je ne voyais plus que Joël Dicker arrivant aux commandes d’un long-courrier Swiss pour lancer  son nouveau roman, Le Livre des Baltimore, à l’occasion d’un cocktail  géant le célébrant à Genève. On fait les choses en grand dans les petits pays. À Paris, il n’a eu droit qu’au respect de Yann Moix qui respecte tous les écrivains et qui respecte infiniment ceux qui vendent leur livre, ce qui est devenu exceptionnel. Il était embarrassé pour en dire plus : il s ‘est donc contenté de rappeler qu’il était lui aussi écrivain, au cas où sa présence aux côtés de Léa Salamé et de Laurent Ruquier nous amènerait à en douter.

Ruquier, bien sûr, n’avait lu que la moitié du Livre des Baltimore et tentait sans grande conviction d’en connaître la fin pour s’épargner un effort superflu. Léa Salamé, elle, confessait qu’elle avait des amis snobs qui prétendaient que Dicker n’avait aucun style – sans doute avaient-ils lu Frédéric Beigbeder dans le Figaro Magazine qui l’avait étripé – mais qu’elle avait offert La vérité sur l’affaire Harry Quebert à ses neveux, respectivement âgés de seize et dix-huit ans, jusque là imperméables à la lecture et qui grâce à Joël Dicker ont pris goût à ce vice solitaire. Tout le monde sur le plateau d’On n’est pas couché s’est alors extasié sur le miracle qui s’était produit et sur les trois millions d’exemplaires que le jeune et fringant Genevois avait dispersés dans le monde entier. Dieu que la multiplication des pains semblait minable à côté de ce tour de force: c’était comme si l’on assistait en direct à la résurrection de la littérature.

En revanche, avec Claude Bartolone – personnage plutôt sympathique au demeurant – aucun miracle ne se produisit. Tout juste quelques arnaques sur les produits financiers toxiques liées à la parité du franc suisse et de l’euro, ainsi qu’à des emplois fictifs. Rien que de très banal en politique, sans conséquence aucune et d’ailleurs attribuable à ses prédécesseurs. François Mitterrand l’aimait bien, Bartolone, pour sa gouaille. Et il est vrai que le meilleur moment de cette soirée insipide fut celui où Bartolone raconta pourquoi il voulait que la région Île de France s’appelât dorénavant région « Paris, Île de France ». Pour une raison très simple, c’est que personne dans le vaste monde ne connaît l’Îe de France et que tous ses interlocuteurs lui demandent s’il faut prendre un bateau pour s’y rendre. Adolescent, Claude Bartolone voulait devenir garagiste : je lui aurais volontiers confié ma voiture. Quant à voter pour lui, c’est une autre question: il détiendrait, selon ses interlocuteur, le record des déficits des régions dont il a eu la charge. Un endettement maximal pour Bartolone, un enrichissement incroyable pour Joël Dicker…

Les Suisses seraient-ils devenus plus astucieux que les Français ?

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy

Mon cher Nicolas,

Je me permettrais d’abord de te tutoyer et de te dire la sympathie instinctive que j’éprouve pour toi. Un homme qui a écrit un livre sur George Mandel ne peut pas être mauvais…et j’ai craint parfois que ton destin ne s’achève comme le sien. Tes analyses politiques ont souvent été pertinentes, même si elles ne furent pas suivies d’effets. Et la gabegie libyenne ne peut t’être totalement imputée: il arrive plus souvent qu’on ne le croit que des initiatives a priori justifiables se transforment en cauchemars. Bush Jr. en sait quelque chose.

Mais parlons plutôt du présent. Tu sais d’expérience combien la vengeance des femmes est redoutable. Tu sais également qu’un parti populaire a besoin de personnalités comme Nadine Morano. Et tu n’ignores pas non plus que les luttes entre les classes, les races, les sexes ou les religions font partie des invariants de la nature humaine. Ce n’est certes pas brillant, mais chacun défend sa peau. Pour l’avoir exprimé un peu trop directement, Nadine Morano perd et ton amitié et ton estime. N’est-ce pas une manière un peu cheap de t’acheter une bonne conscience ? N’aurais-tu pas intérêt à la soutenir et même, ne reculons devant rien, à faire alliance avec le F.N. qui serait alors aux Républicains ce qu’est le Tea Party à nos amis américains ?

À titre personnel s’il y avait un parti libéral, voire libertaire, en France, je serais le premier à le soutenir. Mais tu sais aussi bien que moi combien le nationalisme et le centralisme français rendent improbables toutes formes de libéralisme.

À l’heure où l’Union européenne se craquèle, où l’immigration arabo-islamiste prend une ampleur inédite, où des populations appauvries s’accrochent à des lambeaux de prospérité, il est sans doute temps de ne plus persévérer à vendre une France généreuse et accueillante, mais de prendre la mesure des catastrophes qui s’annoncent. À moins de baisser les bras, façon Hollande, ce qui n’est pas ton genre. Veillons à ne plus être prisonniers de rêves ou d’idéaux qui ne parlent plus à personne. Nadine Morano l’a pressenti. Il serait dommage que tu sois à la traîne. En Suisse, l’UDC a compris un peu plus vite que tes amis politiques, même le F.N., ce qui se produit aujourd’hui en Europe. Il y a peut-être là des leçons à prendre.

J’ai été aussi franc que je peux l’être, ne m’en tiens pas rigueur !

Bien à toi, R.J.